Paléodex — Dinosaures, fossiles et espèces disparuesMacrauchenia : à quoi ressemblait vraiment cet étrange mammifère préhistorique ?

Macrauchenia : à quoi ressemblait vraiment cet étrange mammifère préhistorique ?

Un long cou, trois doigts à chaque pied, un corps massif et des narines placées presque entre les yeux : Macrauchenia semble avoir emprunté des morceaux à plusieurs animaux. Pourtant, ce grand herbivore d’Amérique du Sud n’était ni un lama, ni un tapir, ni un cheval.

Il appartenait aux Litopternes, une lignée de mammifères aujourd’hui totalement disparue. Et son apparence est encore plus mystérieuse qu’elle n’en a l’air : la petite trompe que l’on voit sur certaines reconstitutions de Macrauchenia n’a jamais été retrouvée. Alors, à quoi ressemblait-il vraiment ?

Fiche d’identité du Macrauchenia

  • Nom scientifique : Macrauchenia patachonica pour l’espèce la mieux connue
  • Groupe : mammifères, Litopterna
  • Régime alimentaire : herbivore
  • Répartition : Amérique du Sud
  • Taille : environ 3 mètres de long
  • Masse : autour d’une tonne pour les grands individus selon les estimations
  • Particularités : long cou, trois doigts fonctionnels et ouverture nasale très reculée
  • Disparition : à la fin du Pléistocène

Imaginez un animal qui n’existe plus aujourd’hui

Pour comprendre pourquoi Macrauchenia intrigue autant, essayons d’abord de l’imaginer sans lui coller l’étiquette d’un animal moderne.

Son corps était robuste et porté par quatre membres relativement longs. Son cou allongé soutenait une tête assez petite. Chaque pied possédait trois doigts. L’ensemble pouvait vaguement rappeler un camélidé (chameau, lama…), mais cette ressemblance est trompeuse.

Macrauchenia était le produit d’une histoire évolutive propre à l’Amérique du Sud.

Pendant une grande partie du Cénozoïque, le continent sud-américain a abrité des lignées de mammifères très différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Les Litopternes en faisaient partie. Macrauchenia en est l’un des derniers et des plus célèbres représentants.

Pour observer de plus près sa silhouette en 3D, la figurine Macrauchenia Safari Ltd qui est un figurine réaliste permet de repérer son long cou, ses membres élancés et la reconstruction particulière de sa tête.

Pourquoi Macrauchenia ressemble-t-il à un mélange de plusieurs animaux ?

C’est l’un des pièges les plus intéressants de la paléontologie : deux animaux peuvent se ressembler sans être de proches parents.

Le long cou de Macrauchenia évoque celui d’un lama. Sa silhouette peut rappeler un cheval. Son nez a souvent été rapproché de celui d’un tapir. Pourtant, ces ressemblances ne permettent pas, à elles seules, de déterminer sa parenté.

Pendant longtemps, la place de Macrauchenia dans l’arbre des mammifères est donc restée difficile à établir.

Les chercheurs ont fini par obtenir une réponse grâce à quelque chose que les premiers paléontologues ne pouvaient pas étudier : les molécules préservées dans ses fossiles.

Son ADN a permis de résoudre une énigme vieille de près de deux siècles

En 2015, l’étude de protéines anciennes du collagène, avait déjà rapproché Macrauchenia des Périssodactyles, le groupe auquel appartiennent aujourd’hui les chevaux, rhinocéros et tapirs.

En 2017, une équipe est parvenue à reconstruire presque entièrement son génome mitochondrial. Le résultat a confirmé que les Litopternes constituent le groupe frère des Périssodactyles actuels.

Leur dernier ancêtre commun serait extrêmement ancien : les analyses génétiques situent leur séparation autour de 66 millions d’années, avec une marge d’incertitude importante.

Macrauchenia n’était donc pas un cheval étrange, encore moins un lama préhistorique. Il appartenait à une branche cousine très ancienne des mammifères qui donneront les chevaux, tapirs et rhinocéros.

Le grand mystère : Macrauchenia avait-il vraiment une trompe ?

Regardez son crâne et une particularité saute aux yeux : l’ouverture nasale est extrêmement reculée.

Au lieu de se trouver vers l’extrémité du museau, elle remonte très haut sur le crâne, près des orbites.

Cette anatomie spectaculaire a donné naissance à l’une des représentations les plus célèbres de Macrauchenia : celle d’un animal possédant une petite trompe, un peu à la manière d’un tapir.

Mais il faut distinguer ici ce que montre le fossile de ce que les paléoartistes doivent reconstruire.

Le fossile montre la position des os et de l’ouverture nasale. En revanche, un squelette ne conserve généralement ni lèvres, ni muscles du nez, ni peau. Il ne nous révèle donc pas directement la forme extérieure du museau.

Nous ne savons pas avec certitude si Macrauchenia possédait une véritable petite trompe.

Différentes reconstructions ont été proposées : appendice court et mobile, museau charnu, nez ressemblant davantage à celui d’autres grands herbivores… Les chercheurs ont aussi envisagé que son appareil nasal ait participé à la filtration de la poussière.

C’est la raison pour laquelle deux illustrations modernes de Macrauchenia peuvent présenter des nez assez différents sans que l’une soit fantaisiste. Elles traduisent une incertitude scientifique réelle.

Que mangeait Macrauchenia ? Ses dents ont gardé des indices

Macrauchenia était herbivore. Mais savoir qu’un animal mangeait des végétaux ne suffit pas : broutait-il de l’herbe ? Prélevait-il des feuilles ? Était-il capable de profiter de plusieurs ressources ?

Les paléontologues peuvent répondre en partie à ces questions grâce à l’usure microscopique des dents, aux isotopes chimiques et même aux minuscules particules végétales emprisonnées dans le tartre dentaire fossilisé.

Une étude publiée en 2021 a ainsi analysé le calcul dentaire de Macrauchenia patachonica. Les chercheurs y ont identifié des microrestes végétaux, entres autres des phytolithes. Ces données indiquent une alimentation comprenant une part importante de graminées C3 pour l’individu étudié et sont compatibles avec un herbivore capable d’exploiter différentes ressources végétales. Une matière que nous cherchons aujourd’hui à éliminer chez le dentiste peut devenir, après des milliers d’années, une véritable archive de repas préhistoriques.

Dans quel monde vivait Macrauchenia ?

Les derniers Macrauchenia vivaient dans une Amérique du Sud peuplée de mammifères extraordinaires.

Ils partageaient le continent avec des glyptodontes cuirassés, des paresseux terrestres géants, des toxodontes et de grands prédateurs comme Smilodon populator.

Ce monde appartient à la mégafaune du Pléistocène, un ensemble de grands animaux dont une partie disparaît à la fin de cette période.

Pour découvrir d’autres formes étonnantes apparues chez ces mammifères, notre dossier consacré aux animaux préhistoriques disparus permet de comparer Macrauchenia aux autres géants de la préhistoire récente.

Pouvait-il courir malgré son poids ?

Un animal approchant la tonne peut sembler peu agile. Mais, l’étude des membres de Macrauchenia raconte une histoire plus nuancée.

Ses pattes étaient adaptées à la locomotion terrestre et ses trois doigts participaient au soutien du corps. Des travaux biomécaniques consacrés à ses membres suggèrent aussi des capacités d’accélération intéressantes pour un animal de cette masse.

Face à un danger, il ne faut donc pas imaginer un herbivore lourd avançant péniblement.

Les détails précis de son comportement restent néanmoins impossibles à observer directement. C’est une distinction importante : un os permet de tester les mouvements possibles d’un animal, mais pas de regarder une scène de sa vie comme si elle avait été filmée.

Macrauchenia pouvait-il rencontrer le Smilodon ?

Oui. Macrauchenia patachonica et Smilodon populator ont vécu en Amérique du Sud durant le Pléistocène.

Des analyses isotopiques réalisées sur la faune fossile des Pampas ont d’ailleurs intégré Macrauchenia parmi les grands herbivores entrant dans le réseau trophique de ce célèbre félin à dents de sabre.

Cela ne signifie pas que chaque Macrauchenia était poursuivi quotidiennement par un Smilodon. Cela permet en revanche de replacer ces animaux dans le même écosystème plutôt que de les étudier séparément.

Avec une figurine de Macrauchenia et des représentants de la mégafaune sud-américaine, il devient ainsi possible de construire une scène préhistorique cohérente plutôt que de mélanger au hasard des animaux séparés par des millions d’années.

Pourquoi Macrauchenia a-t-il disparu ?

Les Litopternes avaient traversé des dizaines de millions d’années d’évolution. Macrauchenia arrive pourtant au bout de cette histoire à la fin du Pléistocène.

Les derniers représentants de Macrauchenia patachonica disparaissent du registre fossile autour de la transition entre le Pléistocène et l’Holocène.

Il serait cependant trompeur de raconter cette extinction comme une enquête dont nous connaîtrions parfaitement le coupable.

À cette période, l’Amérique du Sud connaît d’importants changements climatiques et écologiques alors que les populations humaines sont aussi présentes sur le continent. Pour la disparition de la mégafaune sud-américaine, les chercheurs étudient notamment les interactions entre transformation des habitats, changements climatiques et pression humaine.

Pour Macrauchenia en particulier, nous ne disposons pas d’une preuve permettant d’attribuer son extinction à une cause unique.

Darwin avait découvert ses os avant même de publier sa théorie de l’évolution

L’histoire de Macrauchenia possède enfin un détail remarquable.

En 1834, pendant le voyage du Beagle, Charles Darwin collecte en Patagonie des ossements de l’animal. À cette époque, personne ne sait encore ce qu’est Macrauchenia.

Richard Owen étudiera ensuite ces fossiles et décrira Macrauchenia patachonica en 1838.

Ces découvertes sud-américaines comptent parmi les observations qui nourrissent progressivement les réflexions de Darwin sur les relations entre les espèces disparues et les espèces vivantes.

Près de deux siècles plus tard, l’histoire a pris une tournure que Darwin ne pouvait pas prévoir : ce ne sont pas que les os qui parlent. Les chercheurs peuvent désormais étudier l’ADN ancien, les protéines, les isotopes ou les particules microscopiques conservées sur les dents.

Alors, à quoi ressemblait vraiment Macrauchenia ?

Nous pouvons répondre à une bonne partie de la question.

Macrauchenia était un grand mammifère herbivore sud-américain d’environ trois mètres de long, doté d’un long cou et de pieds à trois doigts. Il appartenait aux Litopternes, une lignée éteinte apparentée aux Périssodactyles. Il vivait encore au Pléistocène aux côtés d’une spectaculaire mégafaune.

Mais son visage garde son secret.

Les os nous montrent un nez anatomiquement extraordinaire, sans nous donner la forme exacte des tissus qui le recouvraient. La célèbre petite trompe reste donc une reconstitution possible, pas un fait observé.

C’est finalement ce qui rend Macrauchenia beaucoup plus intéressant qu’un simple « animal bizarre » : il montre comment fonctionne la paléontologie. Un squelette fournit des indices, les chercheurs proposent des hypothèses, de nouvelles techniques apportent d’autres données et notre portrait de l’animal évolue avec elles.

Et parfois, après presque deux siècles de recherches, il reste encore une question aussi simple que celle-ci : à quoi ressemblait son nez ?

Sources scientifiques

Westbury M. et al. (2017), A mitogenomic timetree for Darwin’s enigmatic South American mammal Macrauchenia patachonica, Nature Communications. L’étude d’ADN mitochondrial confirme les Litopternes comme groupe frère des Périssodactyles actuels.

Welker F. et al. (2015), Ancient proteins resolve the evolutionary history of Darwin’s South American ungulates, Nature. L’analyse de protéines anciennes rapproche Macrauchenia et Toxodon des Périssodactyles.

Des travaux paléoécologiques, biomécaniques et des analyses du calcul dentaire de Macrauchenia patachonica complètent ces données pour reconstituer son alimentation, sa locomotion et son environnement.

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