MinisPedago — Montessori, pédagogies alternatives & développement de l’enfantFonctions exécutives de l'enfant : les comprendre et les entraîner en jouant

Fonctions exécutives de l’enfant : les comprendre et les entraîner en jouant

Il coupe la parole, oublie la moitié de la consigne, se bloque dès que le programme change, part dans tous les sens au moment de s’habiller. Ce ne sont pas des défauts de caractère : ce sont des compétences encore en construction. Les chercheurs les appellent les fonctions exécutives.

Bonne nouvelle : elles s’entraînent, et le jeu est l’un des meilleurs terrains pour le faire. Voici ce qu’elles recouvrent vraiment, comment les repérer au quotidien et quels jeux proposer, avec ou sans matériel.

En bref

  • Les fonctions exécutives sont les compétences qui permettent de contrôler son comportement et sa pensée pour atteindre un but.
  • Trois fonctions de base : le contrôle inhibiteur (se retenir), la mémoire de travail (garder une consigne en tête) et la flexibilité cognitive (changer de plan). La planification s’appuie sur les trois.
  • Elles progressent fortement entre 3 et 7 ans et s’entraînent par une pratique régulière, avec un défi qui augmente peu à peu.
  • Un jeu ne « booste » pas le cerveau : il met une fonction précise en situation, encore et encore.

Les fonctions exécutives, c’est quoi ?

Les fonctions exécutives regroupent les processus mentaux qui nous permettent de faire ce qui est nécessaire plutôt que ce qui est automatique : rester concentré, résister à une impulsion, garder une information en tête, s’adapter à l’imprévu, prévoir les étapes avant d’agir.

Le modèle le plus cité en éducation est celui de la chercheuse Adele Diamond (Annual Review of Psychology, 2013). Il distingue trois fonctions de base :

Au quotidien Terme scientifique Ce que c’est
Se retenir Contrôle inhibiteur Retenir un geste ou une réponse automatique, ignorer une distraction
Garder une consigne en tête Mémoire de travail Tenir une information en tête et s’en servir pendant qu’on agit
Changer de plan Flexibilité cognitive Passer d’une règle à l’autre, voir un problème autrement

Sur ces trois fondations s’appuient des compétences plus complexes : la planification, le raisonnement et la résolution de problèmes.

Ce qui n’en fait pas partie

Le terme est souvent employé à tort et à travers. La motricité fine, la discrimination sensorielle, le vocabulaire ou le dénombrement ne sont pas des fonctions exécutives : ce sont des apprentissages qui les mobilisent. De même, un memory classique fait surtout travailler la mémoire à court terme (retenir où est la carte). Il ne devient un exercice de mémoire de travail que si l’enfant doit aussi manipuler l’information, par exemple la réordonner.

Fonctions « froides » et fonctions « chaudes »

Se retenir face à un puzzle et se retenir quand on vient de perdre, ce n’est pas la même chose. Les chercheurs distinguent les fonctions exécutives mobilisées dans des situations neutres et celles mobilisées sous le coup d’une émotion. C’est pourquoi un enfant qui gère très bien un jeu de logique peut exploser lors d’un jeu de compétition : les deux ne demandent pas le même effort.

Pourquoi elles comptent autant

Suivre une consigne, attendre son tour, se remettre au travail après une interruption, corriger une erreur : presque tout ce que l’école demande passe par les fonctions exécutives. Les travaux de synthèse, dont celui d’Adele Diamond, montrent qu’elles sont associées à la réussite scolaire et à la qualité des relations avec les autres, parfois davantage que le quotient intellectuel.

C’est aussi pourquoi la petite enfance compte : entre 3 et 7 ans, ces compétences progressent très vite, et l’environnement de l’enfant peut les solliciter au quotidien.

Se retenir : le contrôle inhibiteur

C’est le « frein » du cerveau. Il permet de lever la main au lieu de crier la réponse, d’attendre son tour, de ne pas taper quand on est frustré, de rester concentré malgré le bruit. Il comprend deux volets : l’autocontrôle (retenir un geste ou une parole) et le contrôle de l’interférence, c’est-à-dire l’attention sélective (ignorer ce qui distrait).

Les signes au quotidien

  • Il répond avant la fin de la question.
  • Il a du mal à attendre son tour dans un jeu.
  • Il se laisse distraire par le moindre bruit.

Jeux sans matériel

  • 1, 2, 3, soleil : s’arrêter net au signal.
  • Jacques a dit : n’obéir que si la phrase commence par « Jacques a dit ».
  • Le jeu du jour et de la nuit : dire « nuit » quand on montre un soleil et « jour » quand on montre une lune. Ce jeu reprend une tâche utilisée par les chercheurs pour évaluer l’inhibition chez le jeune enfant.
  • Tête, épaules, genoux, pieds à l’envers : quand l’adulte dit « touche ta tête », l’enfant touche ses pieds, et inversement.

Jeux et outils de notre sélection

Garder une consigne en tête : la mémoire de travail

La mémoire de travail, c’est le « bloc-notes » du cerveau : on y garde une information le temps de s’en servir. C’est elle qui permet de suivre une consigne en plusieurs étapes, de faire un calcul de tête ou de comprendre une phrase longue.

Les signes au quotidien

  • Il part chercher son manteau et revient sans ses chaussures.
  • Il perd le fil d’une histoire un peu longue.
  • Il oublie la fin de la consigne en commençant l’exercice.

Jeux sans matériel

  • La consigne à tiroirs : « Va chercher un livre, une cuillère et un bouchon », puis quatre objets, puis cinq.
  • Le jeu de Kim réordonné : montrer trois objets en ligne, les cacher, puis demander de les remettre dans le même ordre.
  • La liste à l’envers, pour les plus grands : répéter une suite de mots en commençant par la fin.

Jeux de notre sélection

  • Do Zoo : suivre des consignes de placement en tenant plusieurs informations en tête.
  • Construire à deux : écouter une consigne, la retenir et reproduire exactement le modèle.
  • Coder Zoo : suivre une suite de flèches sur le plateau sans perdre le fil.
  • Animal logic : tenir deux contraintes à la fois, la ligne et la colonne.
  • Écouter et ordonner des contes : retenir un récit entendu puis le reconstituer.

Changer de plan : la flexibilité cognitive

La flexibilité permet de passer d’une règle à une autre, de voir une situation sous un autre angle, de corriger sa stratégie après une erreur. Elle s’appuie sur les deux fonctions précédentes et se développe un peu plus tard.

Les signes au quotidien

  • Un changement de programme déclenche une crise.
  • Il répète la même stratégie même quand elle ne marche pas.
  • Il a du mal à accepter une autre façon de faire.

Jeux sans matériel

  • Le tri qui change de règle : trier des objets par couleur, puis annoncer « maintenant, on trie par taille ». C’est l’exercice de référence des chercheurs pour évaluer la flexibilité chez le jeune enfant.
  • À quoi d’autre ça peut servir ? : trouver le plus d’usages possibles pour une cuillère ou une boîte.

Jeux de notre sélection

Prévoir et s’organiser : la planification

Planifier, c’est imaginer les étapes avant d’agir et les mettre dans le bon ordre. C’est une compétence de haut niveau : elle demande de se retenir d’agir tout de suite, de garder l’objectif en tête et d’ajuster son plan en route.

Les signes au quotidien

  • Il commence sans réfléchir et se retrouve bloqué.
  • Se préparer le matin demande un rappel à chaque étape.
  • Il abandonne une tâche longue avant la fin.

Jeux sans matériel

  • Préparer son sac : dire à voix haute ce qu’il faut emporter avant de le ranger.
  • La recette : remettre dans l’ordre les étapes d’un gâteau avant de le préparer ensemble.

Jeux de notre sélection

Quelle fonction travailler selon l’âge ?

Niveau Priorité Exemples
Petite section Se retenir, suivre une règle simple 1, 2, 3, soleil, sabliers, consignes à deux étapes
Moyenne section Mémoire de travail, premiers changements de règle Consignes à tiroirs, jeu de Kim réordonné, tri par couleur puis par forme
Grande section Flexibilité, premières stratégies Jeu du jour et de la nuit, classification, histoires en étapes, 4 à la suite
Élémentaire Planification et raisonnement Casse-têtes, codage, échecs, jeux de stratégie

Ces repères sont indicatifs : chaque enfant avance à son rythme. Le bon jeu est celui qui résiste un peu, sans décourager.

Ce que les jeux font, et ce qu’ils ne font pas

Un jeu entraîne une fonction exécutive : il la met en situation, de façon répétée et motivante. Les recherches montrent que les progrès sont les plus nets sur des tâches proches de celles pratiquées, et qu’il faut du temps et de la régularité. Aucun jeu ne remplace un accompagnement professionnel. En cas de difficultés importantes ou durables, parlez-en à l’enseignant, au médecin ou à un professionnel de santé.

Le rôle de l’adulte : 4 leviers

  1. Verbaliser la stratégie. « Qu’est-ce que tu vas faire d’abord ? », « Comment as-tu trouvé ? ». Mettre des mots sur la démarche aide l’enfant à la reproduire.
  2. Augmenter la difficulté peu à peu. Une consigne de plus, une règle qui change, un temps plus court. C’est le défi qui fait progresser.
  3. Répéter souvent, en séances courtes. Cinq minutes chaque jour valent mieux qu’une heure une fois par mois.
  4. Accueillir l’erreur. Se tromper, puis corriger, c’est précisément ce qui fait travailler la flexibilité.

Fonctions exécutives et émotions

Il est beaucoup plus difficile de se retenir quand on est en colère, déçu ou fatigué. Travailler les fonctions exécutives passe donc aussi par l’aide à reconnaître et nommer ses émotions. Pour ce volet, découvrez nos jeux sur les émotions.

Tous nos jeux pour les fonctions exécutives

Une sélection classée par fonction : se retenir, garder en tête, changer de plan, s’organiser. Écoles et structures éducatives : devis sur mesure et paiement par mandat administratif.

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Questions fréquentes

À partir de quel âge travailler les fonctions exécutives ?

Dès 3 ans, avec des jeux de règles et d’attente très simples. La période de 3 à 7 ans est particulièrement riche en progrès, mais ces compétences continuent de se développer jusqu’à l’âge adulte.

Quelle différence entre mémoire et mémoire de travail ?

La mémoire à court terme consiste à retenir une information, comme l’emplacement d’une carte au memory. La mémoire de travail va plus loin : on retient l’information et on la manipule, par exemple pour suivre une consigne en trois étapes ou réordonner une suite.

L’attention fait-elle partie des fonctions exécutives ?

En partie. La capacité à ignorer une distraction, appelée attention sélective, relève du contrôle inhibiteur. D’autres formes d’attention, comme la vigilance, sont classées différemment selon les modèles scientifiques.

Les écrans nuisent-ils aux fonctions exécutives ?

Les jeux qui entraînent les fonctions exécutives demandent d’attendre, de réfléchir avant d’agir et d’interagir avec quelqu’un. Des jeux physiques, partagés avec un adulte ou d’autres enfants, réunissent naturellement ces conditions.

Ces jeux conviennent-ils aux enfants avec un TDAH ou des troubles des apprentissages ?

Ils peuvent être utilisés par tous les enfants, en adaptant la difficulté. Ils ne constituent pas un traitement : pour un accompagnement adapté, appuyez-vous sur les recommandations du professionnel qui suit l’enfant.

Sources

Pour une progression détaillée en classe, voir Fonctions exécutives en maternelle : progression PS, MS, GS.

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