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Le 8 mars, la Journée Internationale des Droits des Femmes expliquée aux enfants !

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Chaque année, le 8 mars, on parle de la Journée internationale des droits des femmes. Mais pourquoi ce jour-là ? Pourquoi des droits à défendre ? Est-ce que ça veut dire qu’avant, les femmes n’en avaient pas ?

Oui. C’est exactement ça.

Une journée qui existe parce que des femmes ont dû se battre.

D’où vient le 8 mars ?

On est en 1917. À Saint-Pétersbourg, en Russie, des milliers d’ouvrières descendent dans les rues. Elles travaillent dans des usines depuis l’aube jusqu’à la nuit, pour des salaires trois fois inférieurs à ceux des hommes. Elles demandent du pain, elles demandent la paix, elles demandent qu’on les écoute. La date tombe un 8 mars selon notre calendrier. Cette grève déclenchera la révolution qui mettra fin au règne du tsar.

Quelques années plus tôt, en 1910, la militante allemande Clara Zetkin avait proposé de créer une journée internationale pour que les femmes du monde entier puissent faire entendre leurs voix ensemble, le même jour, à la même date.

En 1975, l’ONU a officiellement reconnu le 8 mars comme Journée internationale des droits des femmes. Pas comme une fête. Comme un rappel que ces droits ont existé très tard, et que beaucoup reste à faire dans de nombreux pays du monde.

Des droits qui n’ont pas toujours existé

Voici ce qui peut surprendre : beaucoup de droits que les femmes ont aujourd’hui n’existaient pas il y a cent ans. Ou soixante ans. Ou même cinquante ans.

En 1893, la Nouvelle-Zélande est le premier pays du monde à accorder aux femmes le droit de voter. Le premier. Ce qui veut dire qu’avant, nulle part sur Terre une femme ne pouvait voter.

En 1944, les femmes françaises obtiennent enfin le droit de vote. Les hommes français votaient depuis 1848. Il a fallu attendre presque cent ans de plus pour que les femmes aient le même droit.

En 1965, une femme mariée en France peut pour la première fois ouvrir un compte bancaire, travailler ou signer un contrat sans avoir besoin de la permission écrite de son mari. Avant cette date, la loi considérait qu’un mari pouvait décider à la place de sa femme.

En 1967, la contraception devient légale en France. Avant, une femme ne pouvait pas choisir si elle voulait avoir des enfants ou non.

En 1972, pour la première fois en France, une femme reçoit le même salaire qu’un homme pour le même travail. Ce principe, inscrit dans la loi, existait déjà depuis des décennies pour les hommes.

Ce ne sont pas des détails lointains. Tes grands-parents ont grandi dans un monde où certaines de ces lois n’existaient pas encore.

Des femmes qui ont changé le monde par leur travail

Le 8 mars, c’est aussi l’occasion de parler de femmes dont les découvertes ont transformé la science, et dont les noms sont souvent moins connus que ceux de leurs collègues masculins. Pas parce que leur travail était moins important. Parce qu’on en parlait moins.

Nous leur avons consacré une série d’articles. En voici un aperçu.

Henrietta Swan Leavitt : la femme qui a mesuré l’univers

Au début du XXe siècle, Henrietta Swan Leavitt travaille à l’observatoire de Harvard. Elle fait partie d’un groupe de femmes employées pour analyser des plaques photographiques du ciel – un travail jugé trop répétitif pour les astronomes masculins. Elle est payée 25 cents de l’heure.

En étudiant des milliers d’étoiles, elle découvre quelque chose de fondamental : certaines étoiles, les céphéides, clignotent selon un rythme précis. Et ce rythme est directement lié à leur éclat réel. En mesurant combien de temps met une étoile à clignoter, on peut calculer à quelle distance elle se trouve de la Terre. Henrietta Leavitt venait d’inventer une règle pour mesurer l’univers. C’est grâce à sa découverte qu’Edwin Hubble démontrera plus tard que notre galaxie n’est pas seule. Elle est morte en 1921, avant de recevoir la moindre reconnaissance officielle.

Marie Curie : deux prix Nobel, une vie de combats

Marie Curie est née en Pologne en 1867. À l’époque, les femmes ne pouvaient pas étudier à l’université en Pologne. Elle part à Paris, vit dans une chambre sans chauffage, et devient la première femme de l’histoire à obtenir un doctorat en physique en France. Elle découvre le polonium et le radium, invente le mot radioactivité, et reçoit deux prix Nobel dans deux disciplines différentes – personne avant elle n’avait accompli cela. Quand elle se présente à l’Académie des sciences française en 1911, sa candidature est refusée parce qu’elle est une femme. La première femme sera acceptée à l’Académie en 1979.

Madeleine Brès : la première femme médecin de France

Madeleine Brès soutient sa thèse de médecine le 3 juin 1875 à 33 ans, avec la mention « extrêmement bien ». Elle est la première femme à obtenir le titre de docteure en médecine en France. À sa soutenance, le professeur Wurtz lui dit : « Votre rôle devra se borner à la guérison des maladies des femmes et des enfants. » Elle ouvre un cabinet de pédiatrie, fonde une crèche gratuite dans les Batignolles, et crée une revue sur l’hygiène infantile. Elle finit sa vie dans une pauvreté telle que des associations caritatives lui versent une rente pour survivre.

Emmy Noether : la symétrie de l’univers

Emmy Noether découvre en 1918 que chaque symétrie de l’univers correspond à une loi de conservation. Ce théorème est aujourd’hui au coeur de toute la physique théorique moderne : relativité générale, modèle standard, physique des particules. Elle enseigne à Göttingen sous le nom d’un collègue masculin pendant quatre ans parce que l’université refuse de la rémunérer. Les lois nazies l’expulsent d’Allemagne en 1933. Elle meurt en 1935 à 53 ans, à peine deux ans après son arrivée aux États-Unis.

Rosalind Franklin : la Photo 51 et l’ADN

Rosalind Franklin prend en mai 1952 le cliché 51 – la première preuve photographique directe de la double hélice de l’ADN. Ce cliché est transmis à Watson et Crick sans son autorisation. En 1962, Watson, Crick et Wilkins reçoivent le prix Nobel pour la découverte de la structure de l’ADN. Elle n’est pas mentionnée. Elle était morte quatre ans plus tôt, à 37 ans, d’un cancer des ovaires, probablement lié à ses années d’exposition aux rayons X.

Barbara McClintock : les gènes qui sautent

Barbara McClintock découvre en 1948 que certains segments d’ADN peuvent se déplacer d’un endroit à l’autre dans le génome – ce qu’on appellera les éléments transposables. Quand elle présente ses résultats en 1951, ses collègues les rejettent comme trop complexes à comprendre. Elle arrête de publier. En 1983, à 81 ans, elle reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine – seule lauréate, sans partage – pour les mêmes découvertes, trente ans après les avoir faites.

Ada Lovelace : le premier programme informatique

Ada Lovelace publie en 1843 le premier programme informatique connu de l’histoire : un algorithme pour calculer des nombres de Bernoulli sur la machine analytique de Charles Babbage. La machine n’a jamais été construite. Elle est morte à 36 ans sans avoir vu son programme s’exécuter. Plus d’un siècle plus tard, le département américain de la Défense baptisera un langage de programmation « Ada » en son honneur.

Hedy Lamarr : le brevet que la Marine n’a pas voulu

Hedy Lamarr, actrice autrichienne réfugiée aux États-Unis, dépose en 1942 avec le compositeur George Antheil le brevet US 2,292,387 : un système de communication secrète par saut de fréquence, destiné à rendre les torpilles radio-guidées inbrouillables. La Marine américaine refuse de l’adopter. Le brevet expire en 1959 sans qu’elle en tire un centime. Le Bluetooth utilise ce même principe aujourd’hui.

Jean Jennings Bartik : programmer l’ENIAC sans manuel

Jean Jennings Bartik est l’une des six femmes qui programment l’ENIAC en 1945, le premier ordinateur électronique. Aucun manuel n’existe. Elles déduisent le fonctionnement de la machine depuis ses seuls schémas électriques. Le 15 février 1946, lors de la présentation publique de l’ENIAC, leurs noms ne sont pas mentionnés. Elles ne sont pas invitées au dîner de célébration.

Grace Hopper : le compilateur que personne ne croyait possible

Grace Hopper invente en 1951 le premier compilateur de l’histoire – un programme capable de traduire des instructions en langage humain vers du code machine binaire. Ses collègues lui disent que c’est impossible. Elle le fait quand même. Son travail fonde les bases de tous les langages de programmation modernes : Python, Java, C++, JavaScript. Elle sert dans la Marine américaine jusqu’à 79 ans, grade de contre-amiral.

Mary Jackson : l’ingénieure que la NASA refusait de former

Mary Jackson demande à la ville de Hampton, Virginie, l’autorisation d’assister à des cours du soir réservés aux Blancs – parce que c’est le seul moyen de suivre la formation qui lui permettra de devenir ingénieure dans l’agence où elle travaille déjà. L’autorisation lui est accordée. En 1958, elle devient la première femme noire ingénieure aérospatiale de la NASA. En 1979, n’ayant pas accès aux postes de direction, elle accepte une rétrogradation volontaire pour diriger un programme fédéral d’égalité des chances.

Evelyn Boyd Granville : de Yale à Apollo

Evelyn Boyd Granville obtient en 1949 un doctorat en mathématiques à Yale – la deuxième femme noire américaine à atteindre ce niveau. Elle calcule ensuite les trajectoires orbitales du premier satellite américain, les orbites du programme Mercury, et les trajectoires du programme Apollo. Son nom n’apparaît dans aucun livre d’histoire populaire sur la conquête spatiale. Elle meurt en 2023 à 99 ans.

Un fil commun

Ces douze femmes n’ont pas le même pays, la même époque, la même discipline. Mais leurs histoires partagent quelque chose : un travail réel, fondamental, qui a changé la physique, la biologie, l’informatique ou l’astronomie – et une reconnaissance qui est arrivée tard, partiellement, ou pas du tout de leur vivant.

Ce n’est pas une coïncidence. C’est un système : celui qui décidait, pendant des siècles, que les femmes n’étaient pas censées faire de la science, écrire des programmes, breveter des inventions ou obtenir un diplôme de médecine. Ces femmes ne l’ont pas accepté. Elles ont continué quand même.

C’est pour ça que le 8 mars n’est pas une journée de célébration tranquille. C’est un rappel. Un point sur une ligne qui avance, mais qui n’est pas finie.

L’histoire ne s’écrit pas seule. Elle s’écrit par ceux et celles qui refusent que les choses restent comme elles sont.

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