Zoodex — Explorer le monde animalPourquoi ces 3 pays n'ont aucun serpent natif (et ce n'est pas...

Pourquoi ces 3 pays n’ont aucun serpent natif (et ce n’est pas saint Patrick)

0
(0)

La légende raconte que saint Patrick, missionnaire chrétien du 5e siècle, aurait chassé tous les serpents d’Irlande à coups de bâton. C’est une jolie histoire. C’est aussi totalement fausse. Les archives paléontologiques montrent qu’il n’y a jamais eu un seul serpent indigène en Irlande, à aucun moment de l’histoire géologique. En 2025, seulement trois pays au monde n’abritent aucun serpent terrestre natif : l’Irlande, l’Islande et la Nouvelle-Zélande. Et la science a une explication bien plus passionnante que les vieilles légendes.

 

Le mythe de saint Patrick : ce que disent vraiment les fossiles

Avant d’entrer dans les explications scientifiques, démontons d’abord la légende. La tradition irlandaise attribue à saint Patrick le bannissement des serpents au cours d’un jeûne de 40 jours sur une colline. L’histoire est belle, mais elle pose un problème majeur : pour chasser des serpents, encore faut-il qu’il y en ait eu.

Or, les archives paléontologiques irlandaises sont sans appel. Le conservateur du Muséum national d’Histoire naturelle de Dublin l’a confirmé : aucun fossile de serpent n’a jamais été trouvé sur le territoire irlandais. Pas un seul. Pendant toute l’histoire géologique récente de l’île, aucune espèce de serpent n’y a vécu.

L’histoire de saint Patrick et des serpents est en réalité une métaphore religieuse. Les serpents symbolisaient les croyances païennes que le saint aurait « chassées » en évangélisant l’île. Au fil des siècles, la métaphore est devenue récit littéral. Comme souvent en biologie, la réalité est plus surprenante que le mythe.

Les serpents, des animaux à sang froid très exigeants

Pour comprendre pourquoi certains pays restent à jamais inaccessibles aux serpents, il faut d’abord connaître leur fonctionnement biologique. Les serpents sont des animaux ectothermes, ce qui signifie qu’ils ne produisent pas leur propre chaleur corporelle. Leur température dépend entièrement de leur environnement.

Cette caractéristique a des conséquences majeures. Un serpent ne peut survivre que si la température ambiante reste suffisamment élevée pendant une partie de l’année. Dans les régions polaires ou subpolaires, l’hiver devient une condamnation. Même les espèces les plus rustiques, comme la vipère péliade qui remonte jusqu’au cercle polaire en Scandinavie, ne survivent pas dans les climats les plus extrêmes.

D’autres reptiles partagent cette contrainte. Si vous regardez attentivement notre catégorie de figurines d’animaux marins et aquatiques, vous remarquerez que les reptiles aquatiques sont concentrés dans les régions chaudes : tortues marines tropicales, crocodiles équatoriaux. C’est la même contrainte biologique qui s’applique. Le froid est l’ennemi des reptiles.

L’Irlande : trop froide pendant la glaciation, isolée trop tôt après

Le cas irlandais est un cas d’école de biogéographie. Pour le comprendre, il faut remonter à la dernière période glaciaire.

Il y a environ 20 000 ans, au plus fort de la dernière glaciation, l’Irlande était entièrement recouverte d’une calotte de glace. Aucun reptile ne pouvait y survivre. Pendant ce temps, dans le sud de l’Europe, des populations de serpents trouvaient refuge dans des zones préservées, en Espagne, en Italie, dans les Balkans.

Vers 12 000 ans avant notre époque, le climat commence à se radoucir. Les glaces reculent. La faune européenne recolonise lentement le nord. Mais voici le problème : à mesure que la mer monte (gonflée par la fonte des glaces), l’Irlande est progressivement coupée du continent européen. Vers 10 000 ans avant le présent, l’île est définitivement isolée par la mer d’Irlande.

Ce timing est crucial. Quand le climat irlandais devient enfin assez chaud pour accueillir des reptiles, l’île est déjà entourée d’eau. Les serpents, qui ne traversent pas spontanément de vastes étendues marines, ne peuvent plus arriver. La Grande-Bretagne voisine, restée connectée plus longtemps au continent, a eu le temps d’accueillir trois espèces de serpents (la vipère péliade, la couleuvre à collier et la coronelle lisse). L’Irlande, elle, est restée à jamais sans serpent.

Pour comprendre comment d’autres frontières biologiques se sont formées sur notre planète, lisez aussi notre article sur la ligne de Wallace, cette frontière invisible entre l’Asie et l’Océanie qui sépare deux mondes animaux.

L’Islande : le froid, tout simplement

Le cas islandais est plus direct. Cette île volcanique située juste sous le cercle polaire arctique présente un climat tout simplement incompatible avec la vie des serpents. Les températures hivernales descendent régulièrement sous les -10 °C, et même les étés restent frais (rarement au-dessus de 15 °C).

Pour un animal ectotherme, ce climat est insurmontable. Il n’existe aucune zone de l’Islande où un serpent pourrait passer l’hiver dans de bonnes conditions, même en hibernation. Le résultat : pas un seul reptile terrestre ne vit naturellement en Islande. La faune indigène se limite essentiellement au renard polaire, à quelques mammifères marins, et à une avifaune particulièrement riche.

L’Islande partage cette caractéristique avec le Groenland (territoire autonome danois) et l’Antarctique. Trois zones du globe où le climat seul suffit à exclure tous les serpents. Les enfants qui collectionnent les figurines de renards, et notamment le renard polaire, découvrent un emblème de ces régions où la faune s’est adaptée à des conditions extrêmes que les reptiles ne peuvent tolérer.

La Nouvelle-Zélande : un cas unique au monde

Le cas néo-zélandais est probablement le plus fascinant des trois. La Nouvelle-Zélande n’est pas sans serpent à cause du climat (son climat tempéré est tout à fait viable pour de nombreuses espèces de serpents). Elle n’est pas sans serpent à cause de la glaciation (elle n’a jamais été entièrement glacée). Elle est sans serpent parce qu’elle s’est séparée du reste du monde avant même que les serpents modernes n’existent.

Voici la chronologie : il y a environ 85 millions d’années, à la fin du Crétacé, la Nouvelle-Zélande se détache du super-continent Gondwana. À cette époque, les dinosaures dominent encore la planète. Les serpents existent déjà sous des formes primitives, mais leur grande diversification est encore à venir.

Pendant les 85 millions d’années qui suivent, la Nouvelle-Zélande dérive en plein milieu de l’océan Pacifique, isolée de tout autre continent par des milliers de kilomètres d’eau. Sa faune évolue en parallèle, dans un splendide isolement. Les serpents modernes diversifient leurs lignées sur les continents principaux, mais aucun n’atteint l’archipel néo-zélandais.

Le résultat est exceptionnel. La Nouvelle-Zélande abrite des animaux que vous ne trouverez nulle part ailleurs : le kiwi (oiseau incapable de voler), le tuatara (reptile « fossile vivant » apparenté aux dinosaures, dernier représentant d’un ordre éteint partout ailleurs), le kakapo (perroquet nocturne incapable de voler), et de nombreuses autres curiosités évolutives.

Le takahé, autre oiseau emblématique de Nouvelle-Zélande, fait justement partie des animaux que nous avons présentés dans notre article sur les 9 espèces Lazare, ces espèces déclarées éteintes puis retrouvées vivantes. Cette île, par son isolement extrême, a produit certains des cas évolutifs les plus surprenants de la planète.

Faune endémique de Nouvelle-Zélande avec kiwi tuatara et kakapo dans un environnement forestier sans aucun serpent

 

Et Hawaï dans tout ça ?

Une précision importante : Hawaï est souvent citée comme un État sans serpent, mais ce n’est plus tout à fait exact. À l’origine, ces îles volcaniques nées en plein océan Pacifique n’ont jamais hébergé de serpent natif. Comme la Nouvelle-Zélande, leur isolement géographique extrême a empêché toute colonisation naturelle.

Cependant, depuis quelques décennies, des serpents ont été introduits accidentellement par l’homme. Le serpent aveugle ou serpent ver des plantes (Indotyphlops braminus), une petite espèce qui ressemble à un ver de terre, arrive régulièrement dans des pots de plantes importés. Hawaï applique des lois extrêmement strictes contre l’introduction de serpents (possession illégale punie d’amendes très lourdes), précisément parce que l’archipel est un écosystème fragile que les serpents pourraient bouleverser.

L’exemple cauchemardesque est celui de l’île de Guam, dans le Pacifique. Le serpent brun arboricole (Boiga irregularis) y a été accidentellement introduit après la Seconde Guerre mondiale. En quelques décennies, il a éliminé presque toute la faune aviaire indigène de l’île. Une catastrophe écologique qui illustre pourquoi la Nouvelle-Zélande et l’Islande surveillent leurs frontières avec autant d’attention.

Le pouvoir extraordinaire de la biogéographie

Le cas des pays sans serpent illustre une vérité scientifique profonde : la distribution des animaux sur Terre n’est pas le fruit du hasard. Elle obéit à des lois biogéographiques précises qui mêlent géologie, climat, évolution et histoire. Trois mécanismes principaux expliquent l’absence d’une espèce dans une région donnée :

  • La barrière climatique : l’espèce ne peut physiologiquement pas y vivre (cas de l’Islande)
  • La barrière géographique : l’espèce ne peut pas y arriver (cas de l’Irlande, de la Nouvelle-Zélande, d’Hawaï)
  • La barrière temporelle : l’espèce n’existait pas encore quand la région a été isolée (cas particulier de la Nouvelle-Zélande)

Pour faire découvrir aux enfants la diversité des écosystèmes mondiaux et comprendre concrètement comment chaque région a sa propre faune unique, les tubes de figurines géographiques Safari Ltd sont une excellente porte d’entrée pédagogique. Chaque tube présente la faune d’un biome ou d’une région du monde, parfait pour matérialiser ces différences biogéographiques.

Une question reste : combien de temps les trois derniers pays sans serpent natif resteront-ils sans serpent ? Avec le réchauffement climatique et la mondialisation du commerce, l’introduction accidentelle d’espèces est devenue un risque croissant. L’avenir nous le dira.

Sources scientifiques

  • National Museum of Ireland, documentation officielle sur la faune fossile irlandaise
  • Scientific American (2026), « The Real Reason Ireland Has No Snakes »
  • National Geographic, dossier biogéographie des reptiles
  • Données IUCN Red List of Threatened Species sur la distribution mondiale des Serpentes
  • Wallis G.P. & Trewick S.A. (2009), « New Zealand phylogeography: evolution on a small continent », Molecular Ecology 18(17):3548-3580

Avez-vous trouvé cet article utile et intéressant ?

Cliquez sur une étoile pour le noter !

Note moyenne 0 / 5. Nombre de votes : 0

Pas encore de votes ! Soyez le premier à noter cet article.

Avez-vous trouvé cet article interessant ?

Suivez nous :

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Derniers articles