Uintatherium (Uintatherium anceps) était un grand mammifère herbivore qui vivait en Amérique du Nord il y a environ 45 millions d’années, à l’Éocène. De la taille d’un rhinocéros, il portait six protubérances osseuses sur le crâne et deux canines longues comme un avant-bras. Malgré son nom et son allure, ce n’était ni un dinosaure, ni un rhinocéros. Voici son histoire, établie par la science.
La carte d’identité d’Uintatherium
- Nom scientifique : Uintatherium anceps (on écrit aussi uintathérium)
- Signification du nom : « bête des monts Uinta », en Utah
- Groupe : mammifères, ordre des Dinocerata (éteint), famille des Uintatheriidae
- Époque : Éocène, il y a environ 50 à 37 millions d’années
- Taille : environ 4 m de long, 1,5 à 1,7 m au garrot
- Poids : jusqu’à 2 tonnes
- Régime : herbivore
- Fossiles : Wyoming, Utah, Texas et Californie (États-Unis), Henan (Chine)
- Découverte : premiers fossiles en 1870, genre décrit par Joseph Leidy en 1872
- Plus proche parent vivant : aucun, l’ordre entier a disparu
Qu’est-ce qu’Uintatherium ?
Uintatherium était un mammifère de l’ordre des Dinocerata, un nom qui signifie « cornes terribles ». Ce groupe réunissait de gros herbivores à sabots, apparus à la fin du Paléocène en Asie et en Amérique du Nord, et disparus à la fin de l’Éocène moyen. Uintatherium en est le représentant le plus connu, grâce aux nombreux crânes et squelettes retrouvés dans le Wyoming.
L’erreur à ne plus faire : Uintatherium n’était pas un dinosaure. Les dinosaures non aviens ont disparu il y a 66 millions d’années ; Uintatherium est apparu plus de quinze millions d’années plus tard. C’était un mammifère placentaire, à sang chaud, qui allaitait ses petits. Beaucoup de boutiques et de jeux le rangent pourtant avec les dinosaures. Sur LesMinis, vous le trouverez parmi les figurines d’animaux de la préhistoire et disparus.
À qui était-il apparenté ? Les paléontologues en débattent encore. L’hypothèse la plus répandue rapproche les Dinocerata des xénongulés, d’anciens herbivores d’Amérique du Sud. Une autre, plus marginale, les place près des ancêtres des rongeurs et des lapins. Une chose est sûre : aucun animal vivant ne descend d’Uintatherium.
À quoi ressemblait Uintatherium ?
Uintatherium mesurait environ 4 mètres de long et 1,5 à 1,7 mètre au garrot, pour un poids pouvant atteindre 2 tonnes. C’est le gabarit d’un rhinocéros blanc actuel. Son corps en tonneau reposait sur quatre pattes épaisses, terminées par des sabots.
Sa tête était la partie la plus étonnante. Le crâne, long de 76 centimètres, était plat et même creusé en selle sur le dessus, une forme rare chez les mammifères. Il portait trois paires de protubérances osseuses : une petite sur le museau, une au-dessus des canines et une, la plus grande, à l’arrière de la tête. Chez les mâles, deux longues canines supérieures dépassaient de la gueule fermée, protégées par un rebord osseux de la mâchoire inférieure.
Pour son époque, Uintatherium était un colosse. Après un Crétacé où les mammifères restaient petits, les Dinocerata comptent parmi les premiers à atteindre une telle masse. Pour se le représenter, la figurine Uintatherium CollectA Deluxe à l’échelle 1:20 mesure 17 centimètres de long : ses 8,8 centimètres de hauteur correspondent à 1,76 mètre au garrot.
À quoi servaient ses six cornes et ses canines ?
Les six « cornes » d’Uintatherium n’en étaient pas vraiment. La corne du rhinocéros est faite de kératine, comme nos ongles. Les protubérances d’Uintatherium étaient des excroissances de l’os du crâne, hautes de 5 à 25 centimètres et sans doute recouvertes de peau, comme les ossicônes des girafes.
Leur fonction n’est pas connue avec certitude, mais un indice pèse lourd : elles étaient bien plus développées chez les mâles. Chez les animaux actuels, une structure plus grande chez les mâles sert le plus souvent à la parade et aux affrontements entre rivaux, comme les bois des cerfs. Des bosses plantées à l’arrière du crâne feraient d’ailleurs de piètres armes contre un prédateur.
Les canines posent la même question. Elles atteignaient 30 centimètres chez les mâles, contre bien moins chez les femelles. Uintatherium était pourtant strictement herbivore, rien à voir avec les canines du Smilodon, qui servaient à tuer. Elles ont pu servir dans les combats entre mâles, à la défense, ou pour arracher les plantes des marais. Détail révélateur : Uintatherium n’avait aucune incisive à la mâchoire supérieure. Il cueillait probablement les végétaux avec ses lèvres et sa langue.
Pourquoi Uintatherium avait-il un si petit cerveau ?
Les parois de son crâne étaient extrêmement épaisses, allégées par des sinus comme celles du crâne d’un éléphant. Au milieu, il ne restait qu’une cavité cérébrale minuscule. Rapporté à sa masse, Uintatherium avait l’un des plus petits cerveaux connus chez un mammifère de cette taille.
Était-il stupide pour autant ? Les paléontologues se gardent de juger. Un petit cerveau suffit à un gros herbivore que presque rien ne menace. Les Dinocerata ont prospéré pendant une vingtaine de millions d’années, ce qui, à l’échelle de l’évolution, est une réussite. L’intelligence n’est pas une condition de survie ; la durée, elle, se mesure.
Où et quand vivait Uintatherium ?
Uintatherium vivait à l’Éocène, entre 50 et 37 millions d’années avant nos jours. L’Éocène est l’une des périodes les plus chaudes de l’histoire de la Terre : pas de calotte glaciaire, des forêts jusqu’aux hautes latitudes, des palmiers jusqu’en Alaska.
Ses fossiles viennent surtout du bassin de Bridger, dans le sud-ouest du Wyoming, et du bassin de l’Uinta, en Utah. À l’époque, ce sont des paysages de lacs, de rivières lentes et de marais bordés d’une forêt subtropicale. Uintatherium y broutait feuilles, pousses et plantes des rives. Ses dents jugales, petites et peu adaptées au broyage, suggèrent un régime de végétaux tendres.
Autour de lui vivaient les premiers chevaux, pas plus grands qu’un renard, des primates archaïques dans les arbres, des crocodiles et des tortues dans les lacs. Aucun carnivore de l’époque n’était de taille à s’attaquer à un adulte en bonne santé. Les mésonychidés et les créodontes, comme les premiers Hyaenodon apparus à la fin de l’Éocène, devaient se contenter des jeunes, des malades et des carcasses.
Une seconde espèce, Uintatherium insperatus, a été décrite en 1981 dans la province du Henan, en Chine. Le genre a donc vécu sur deux continents, alors reliés par la Béringie.
Pour aider un enfant à situer 45 millions d’années, voyez notre article Comment aider l’enfant à comprendre le temps profond.
Qui a découvert Uintatherium ? La guerre des os
Les premiers ossements ont été ramassés en septembre 1870 dans le bassin de Bridger, près de Fort Bridger, par un lieutenant de l’armée américaine, W. N. Wann. Othniel Charles Marsh, de Yale, les décrit dès 1871 sous le nom de Titanotherium anceps, d’après quelques fragments de crâne. En août 1872, Joseph Leidy, le fondateur de la paléontologie américaine, crée le genre Uintatherium à partir d’un crâne plus complet.
Dix-huit jours plus tard, Marsh et son rival Edward Drinker Cope, de Philadelphie, publient chacun leurs propres noms pour le même animal : Tinoceras puis Dinoceras pour Marsh, Loxolophodon et Eobasileus pour Cope. Pressé, Cope envoie sa description par télégramme. Son écriture est si mauvaise que l’opérateur transforme Loxolophodon en « Lefalophodon », et c’est ce nom écorché qui est imprimé. Dans sa reconstitution de 1873, Cope dote même l’animal d’une trompe d’éléphant.
Le bilan de la guerre des os : vingt-cinq noms d’espèces pour ce que l’on considère aujourd’hui comme une seule, Uintatherium anceps. L’épithète anceps, choisie par Marsh, signifie en latin « incertain, à double face ». Il a fallu attendre 1961 et la révision de Walter Wheeler pour faire le tri. Le genre de Leidy, nommé le premier, est celui qui reste. Eobasileus, lui, est aujourd’hui considéré comme un genre distinct.
Pourquoi Uintatherium a-t-il disparu ?
Vers 37 millions d’années, Uintatherium disparaît, et avec lui tout l’ordre des Dinocerata. Aucun gisement ne raconte les derniers individus. Deux explications, sans doute complémentaires, sont avancées :
- Le climat : la seconde moitié de l’Éocène se refroidit et s’assèche. Les marais reculent et la végétation tendre dont dépendait un herbivore aux dents modestes se raréfie.
- La concurrence : les périssodactyles, brontothères comme Megacerops et premiers rhinocéros, disposent de dents plus efficaces et prennent la place des grands brouteurs.
Ce sont des hypothèses, pas des certitudes. Ce que l’on sait, c’est que la formule d’Uintatherium, corps massif, petit cerveau et dents modestes, a tenu près de vingt millions d’années.
Que reste-t-il d’Uintatherium aujourd’hui ?
De nombreux crânes et squelettes, conservés surtout aux États-Unis. Un squelette est exposé au Smithsonian, à Washington, et le Utah Field House de Vernal met en scène deux mâles en plein combat. Inutile de traverser l’Atlantique pour le voir : en 1889, Marsh a envoyé au Muséum national d’histoire naturelle de Paris le moulage d’un squelette étiqueté Dinoceras mirabile, depuis rattaché à Uintatherium anceps.
Contrairement à bien des animaux disparus, Uintatherium existe aussi en figurine. La version CollectA Deluxe (référence 88800), sortie en 2017, mesure 17 centimètres à l’échelle 1:20, avec ses trois paires de cornes et ses canines apparentes. La version Safari Ltd (référence 100087), au format standard, est plus abordable.
Uintatherium était-il un rhinocéros ?
Non, et c’est la deuxième idée reçue à son sujet. Les rhinocéros sont des périssodactyles, cousins des chevaux et des tapirs. Uintatherium appartient à un ordre à part, sans lien de parenté avec eux. Un détail anatomique le trahit : son sternum est fait de segments horizontaux, celui des rhinocéros de segments verticaux comprimés.
S’ils se ressemblent, c’est par convergence : deux lignées différentes qui, en occupant la même place de gros brouteur protégé par sa masse, ont fini par adopter la même silhouette. Le même phénomène rapproche le requin et le dauphin, comme l’explique notre article sur la convergence évolutive. Attention aussi à Arsinoitherium, souvent présenté comme un cousin d’Uintatherium à cause de ses deux grandes cornes : c’est un embrithopode d’Afrique, plus tardif, sans parenté avec les Dinocerata.
Conclusion
Uintatherium n’était ni un dinosaure, ni un rhinocéros, mais l’un des premiers géants de l’ère des mammifères. Ses six cornes, ses canines démesurées et son cerveau minuscule racontent une époque où l’évolution testait des formes que rien, aujourd’hui, ne rappelle. Comprendre Uintatherium, c’est mesurer à quel point le monde des mammifères a changé depuis les marais de l’Éocène.
Questions fréquentes sur Uintatherium
Uintatherium était-il un dinosaure ?
Non. Uintatherium était un mammifère de l’Éocène, apparu plus de quinze millions d’années après la disparition des dinosaures non aviens. Il appartenait aux Dinocerata, un ordre de mammifères aujourd’hui éteint.
Quelle taille faisait Uintatherium ?
Environ 4 mètres de long et 1,5 à 1,7 mètre au garrot, pour un poids pouvant atteindre 2 tonnes. Son crâne seul mesurait 76 centimètres.
Combien de cornes avait Uintatherium ?
Six, disposées en trois paires sur le crâne : sur le museau, au-dessus des canines et à l’arrière de la tête. C’étaient des protubérances osseuses recouvertes de peau, plus développées chez les mâles.
Quand Uintatherium a-t-il disparu ?
Il y a environ 37 millions d’années, à la fin de l’Éocène moyen, probablement sous l’effet du refroidissement du climat et de la concurrence des brontothères et des premiers rhinocéros.
Où voir un squelette d’Uintatherium ?
Au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, qui conserve un moulage envoyé par Marsh en 1889, au Smithsonian de Washington et au Utah Field House de Vernal, aux États-Unis.
Faire découvrir Uintatherium aux enfants : une figurine vaut mieux qu’un long discours pour comprendre qu’un animal de l’Éocène n’est pas un dinosaure. La figurine CollectA Deluxe 1:20 permet de comparer les tailles avec les autres géants du Cénozoïque, la figurine Safari Ltd complète une frise chronologique, et nos outils de paléontologie prolongent l’atelier en classe.
À lire aussi dans le Paléodex : Le Smilodon, roi du Pléistocène aux terrifiantes dents de sabre et Introduction à la mégafaune du Pléistocène.
Sources :
- Leidy, J. (1872). On some new species of fossil Mammalia from Wyoming. Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia, 24.
- Cope, E. D. (1873). On the short-footed Ungulata of the Eocene of Wyoming. Proceedings of the American Philosophical Society, 13.
- Marsh, O. C. (1884). Dinocerata: A Monograph of an Extinct Order of Gigantic Mammals. U.S. Geological Survey, Monograph 10.
- Wheeler, W. H. (1960). The uintatheres and the Cope-Marsh war. Science, 131. Wheeler, W. H. (1961). Revision of the uintatheres. Bulletin of the Peabody Museum of Natural History, 14.
- Lucas, S. G. et Schoch, R. M. (1998). Dinocerata. Dans Evolution of Tertiary Mammals of North America, vol. 1. Cambridge University Press.