Paléodex — Dinosaures, fossiles et espèces disparuesPourquoi tant d'animaux disparaissent à cause de l'homme

Pourquoi tant d’animaux disparaissent à cause de l’homme

0
(0)

Depuis l’an 1500, plus de 900 espèces animales et végétales ont été déclarées éteintes, et un million d’autres sont aujourd’hui menacées. Dans la quasi-totalité des cas documentés, la cause est la même : nous. Chasse, forêts rasées, animaux transportés d’un continent à l’autre, et maintenant le climat qui change : l’homme fait disparaître des espèces de quatre manières principales, souvent combinées.

Cet article est le pilier de notre série Animaux disparus. Il relie douze histoires vraies, chacune éclairant une cause, et répond aux questions que posent les enfants : depuis quand, comment, pourquoi certaines espèces résistent mieux que d’autres, et ce qui a déjà pu être réparé. Tout ce qui suit est établi par la science, chiffres et dates à l’appui.

L’extinction en quelques repères

  • Grandes extinctions naturelles : cinq dans l’histoire de la Terre, la dernière il y a 66 millions d’années
  • Espèces déclarées éteintes depuis l’an 1500 : plus de 900, selon la Liste rouge de l’UICN
  • Espèces menacées aujourd’hui : environ un million, selon le rapport mondial IPBES de 2019
  • Rythme actuel des disparitions : des dizaines à des centaines de fois supérieur au rythme naturel
  • Populations d’animaux sauvages suivies depuis 1970 : en recul de 73 % en moyenne, selon le rapport Planète vivante 2024
  • Cause principale : les activités humaines, la destruction des habitats en tête

L’extinction est-elle un phénomène naturel ?

Oui, et c’est même la règle. Depuis l’apparition de la vie, la quasi-totalité des espèces qui ont existé se sont éteintes, remplacées par d’autres. La Terre a connu cinq grandes extinctions de masse, dont la plus célèbre a emporté les dinosaures non aviens il y a 66 millions d’années. Entre ces crises, les espèces disparaissent à un rythme lent et régulier, que les paléontologues appellent le taux de fond.

Ce qui se passe aujourd’hui est différent par la vitesse et par la cause. Pour les vertébrés, le rythme des disparitions mesuré depuis 1900 serait au moins cent fois supérieur au taux de fond. Et pour la première fois, ce n’est ni un astéroïde ni un volcan qui est en cause, mais une seule espèce. Beaucoup de chercheurs parlent d’une sixième extinction en cours ; d’autres jugent le terme prématuré, parce que les grandes extinctions du passé ont effacé les trois quarts des espèces. Personne ne conteste, en revanche, que la trajectoire actuelle y mène si rien ne change.

Depuis quand l’homme fait-il disparaître des animaux ?

Bien avant l’an 1500. Entre 50 000 et 10 000 ans avant le présent, à mesure que Homo sapiens s’installe sur les continents, la mégafaune s’effondre : mammouths, paresseux géants, tatous cuirassés, kangourous géants. La part du climat et celle de la chasse dans ces disparitions sont encore débattues, mais les indices d’une intervention humaine s’accumulent. Sur le site de Campo Laborde, en Argentine, des ossements de paresseux géant portant des traces de découpe ont été datés d’environ 12 600 ans. Notre introduction à la mégafaune du Pléistocène raconte cette première vague.

Puis viennent les îles, colonisées tardivement : Madagascar, Hawaï, la Nouvelle-Zélande, où le moa disparaît en moins de deux siècles après l’arrivée des Polynésiens. L’an 1500, date de départ des comptages de l’UICN, ne marque pas le début du phénomène, seulement le moment où l’on a commencé à l’écrire.

Cause n°1 : la chasse et la surexploitation

C’est la cause la plus ancienne et la plus directe. Quand une espèce est prélevée plus vite qu’elle ne se reproduit, elle s’effondre, quelle que soit sa taille de départ. Six animaux de notre série en sont l’illustration.

Le pigeon migrateur était sans doute l’oiseau le plus abondant de la planète, entre trois et cinq milliards d’individus ; la chasse commerciale l’a réduit à zéro en quelques décennies, et la dernière, Martha, est morte au zoo de Cincinnati le 1er septembre 1914. Le grand pingouin a été tué pour sa viande, ses œufs, ses plumes et son huile, jusqu’au dernier couple en 1844. La vache de mer de Steller a disparu vingt-sept ans après sa découverte, mangée par les équipages de passage. Le quagga a été abattu pour son cuir et parce qu’il concurrençait le bétail. Le loup de Falkland a été exterminé pour sa fourrure et par crainte pour les moutons. Le thylacine a subi le même sort, persécuté comme un supposé tueur de troupeaux, prime à l’appui, jusqu’en 1936.

L’erreur à ne plus faire : croire qu’une espèce nombreuse est à l’abri. Le pigeon migrateur comptait des milliards d’individus en 1850 et aucun en 1914. La figurine du thylacine, une femelle avec son petit dans la poche, est aujourd’hui le seul moyen de montrer aux enfants à quoi ressemblait un animal que des gens encore vivants ont pu voir.

Cause n°2 : les espèces introduites

Parfois, l’homme ne tue pas directement. Il apporte, souvent sans le vouloir, des animaux qui déciment la faune locale. Rats, chats, cochons, chèvres ou singes descendent d’un bateau et bouleversent des écosystèmes qui ne les ont jamais connus. Les rats seuls sont impliqués dans la disparition de dizaines d’espèces d’oiseaux insulaires.

Le dodo est le cas d’école. On a longtemps raconté que les marins l’avaient mangé jusqu’au dernier. En réalité, ce sont surtout les cochons, les rats et les macaques introduits à l’île Maurice qui ont dévoré ses œufs, pondus à même le sol. L’oiseau, qui n’avait jamais eu de prédateur, ne savait pas protéger sa descendance. Découvert en 1598, il avait disparu avant 1700.

Cause n°3 : la destruction des habitats

Un animal privé de son milieu ne peut pas survivre. Quand l’homme rase les forêts, assèche les marais ou transforme les prairies en champs, il détruit le foyer d’espèces entières. C’est aujourd’hui la première cause de déclin dans le monde, devant la chasse.

Le perroquet de Caroline, seul perroquet de l’est des États-Unis, a vu ses vieilles forêts abattues pour l’agriculture ; le dernier est mort en 1918, dans le même zoo de Cincinnati que Martha. Le moa de Nouvelle-Zélande a souffert, en plus de la chasse, des incendies qui ravageaient ses forêts. Le pic à bec ivoire, grand pic des forêts marécageuses du sud des États-Unis, n’a plus été observé avec certitude depuis 1944 : sa disparition, encore discutée, tient d’abord à la coupe de ses forêts.

Cause n°4 : le climat et les maladies

C’est la cause la plus récente, et la plus difficile à voir. Ici, pas de fusil ni de hache. Le coupable est un climat qui change et des maladies qui voyagent avec nous à travers le monde.

Le crapaud doré du Costa Rica a disparu dans une réserve pourtant protégée : vu pour la dernière fois en 1989, il a été victime d’un épisode de sécheresse aggravé par le réchauffement et d’un champignon, la chytride, qui décime les amphibiens sur tous les continents. Aujourd’hui, environ quatre espèces d’amphibiens sur dix sont menacées. Le crapaud doré montre qu’une clôture ne suffit plus quand c’est la planète entière qui change. Nos figurines de grenouilles et de crapauds permettent de présenter aux enfants le groupe animal le plus menacé au monde.

Pourquoi certaines espèces sont-elles plus fragiles ?

Toutes les espèces ne sont pas égales devant le danger. Cinq faiblesses reviennent dans les histoires de notre série.

  1. L’absence de peur : les animaux qui ont évolué sans prédateur ne savent pas fuir. Le dodo, le grand pingouin ou le loup de Falkland se laissaient approcher et tuer sans réagir. Les biologistes parlent de naïveté insulaire.
  2. Une reproduction lente : un œuf par an pour le dodo ou le grand pingouin, un seul petit à la fois pour la vache de mer. Impossible de remplacer vite les individus perdus.
  3. Un territoire minuscule : le crapaud doré ne vivait que sur quatre kilomètres carrés de forêt de nuages. La moindre perturbation devenait fatale.
  4. Le besoin de vivre en masse : le pigeon migrateur ne se reproduisait qu’en colonies immenses. Sous un certain seuil, l’espèce s’est effondrée d’elle-même, alors qu’il restait encore des milliers d’oiseaux.
  5. Une population déjà réduite : le bouquetin des Pyrénées ne comptait plus, à la fin, qu’une poignée d’individus, sans diversité génétique pour rebondir. La dernière femelle est morte en 2000.

Les îles, premières victimes

Un point revient sans cesse dans ces histoires : les îles. Le dodo à Maurice, le moa en Nouvelle-Zélande, le loup de Falkland aux Malouines, la vache de mer aux îles du Commandeur, le grand pingouin sur ses îlots de l’Atlantique Nord. Ce n’est pas un hasard : la grande majorité des oiseaux et des mammifères disparus depuis 1500 vivaient sur des îles.

Sur une île isolée, l’évolution façonne des espèces uniques, souvent sans défense, parfois incapables de voler, parce que rien ne les y oblige. Tant que l’île reste à l’abri, tout va bien. Le jour où l’homme débarque, avec ses armes et ses animaux, ces espèces n’ont aucune parade. L’isolement qui les a rendues extraordinaires est aussi ce qui les rend les plus fragiles.

Peut-on réparer les dégâts ?

Il y a de l’espoir, et il est réel. Des espèces au bord du gouffre ont été sauvées par des décisions humaines. Le bouquetin des Alpes, réduit à une centaine d’individus au XIXe siècle dans une seule vallée italienne, dépasse aujourd’hui les 50 000. Le cheval de Przewalski, déclaré éteint à l’état sauvage en 1969, a été réintroduit dans les steppes de Mongolie à partir de chevaux de zoo et galope de nouveau en liberté. Le bison d’Europe et l’oryx d’Arabie ont suivi le même chemin. Dans les Pyrénées, le bouquetin ibérique, cousin du bucardo disparu, est revenu depuis 2014.

Certains rêvent d’aller plus loin et de ressusciter les espèces perdues. En 2025, une entreprise américaine a présenté trois louveteaux comme des « loups terribles » ramenés à la vie ; la plupart des scientifiques y voient des loups gris portant une vingtaine de modifications génétiques, pas l’espèce disparue. Des projets visent le dodo, le moa ou le thylacine. Il faut rester lucide : le résultat, s’il vient, sera une copie approximative, sans le milieu ni les comportements de l’original. Pour l’instant, l’extinction reste définitive, et mieux vaut protéger que réparer.

Que pouvons-nous faire ?

Chacune des quatre causes appelle une réponse. Protéger et restaurer les habitats répond à la première cause de déclin. Contrôler les espèces envahissantes sur les îles a déjà sauvé des dizaines d’oiseaux marins. Limiter le réchauffement et surveiller les maladies protège les amphibiens. Encadrer la chasse et la pêche empêche de nouveaux pigeons migrateurs. Soutenir les parcs, les réserves et les programmes de conservation, c’est financer tout cela.

Il existe un geste plus simple, à la portée de tous : connaître ces histoires et les transmettre. On ne protège bien que ce que l’on connaît. Faire découvrir aux enfants le dodo, le moa ou le crapaud doré, c’est leur donner l’envie de ne pas laisser les animaux d’aujourd’hui rejoindre cette liste.

Faire découvrir la nature aux enfants : la meilleure façon d’aimer les animaux, c’est de les rencontrer. Nos figurines d’animaux sauvages réalistes présentent les espèces vivantes qu’il nous reste à protéger, et nos figurines d’animaux disparus celles que nous avons perdues.

Conclusion

Les animaux de cette série ne sont pas des curiosités du passé. Ce sont des leçons. Ils montrent qu’une espèce peut disparaître qu’elle soit abondante comme le pigeon migrateur, magnifique comme le crapaud doré ou protégée dans une réserve. Le nombre, la beauté et les parcs ne suffisent pas toujours. L’homme est la principale cause de ces disparitions ; il est aussi le seul à pouvoir les arrêter, et il l’a déjà prouvé.

Toute la série Animaux disparus

Chaque histoire éclaire une facette de l’extinction. Découvrez-les toutes :

Questions fréquentes

Quelle est la principale cause de disparition des animaux ?

Les activités humaines. Aujourd’hui, la destruction et la dégradation des habitats arrivent en tête, suivies de la surexploitation (chasse, pêche, commerce), des espèces envahissantes, puis du changement climatique et de la pollution, dont le poids augmente.

Combien d’espèces ont disparu à cause de l’homme ?

Depuis l’an 1500, plus de 900 espèces ont été officiellement déclarées éteintes par l’UICN, dont plusieurs centaines de vertébrés. Le chiffre réel est plus élevé : beaucoup d’espèces disparaissent sans avoir été décrites, en particulier chez les insectes et dans les forêts tropicales.

Vivons-nous une sixième extinction de masse ?

Le rythme actuel des disparitions est au moins des dizaines de fois supérieur au rythme naturel, et il est causé par une seule espèce. Beaucoup de scientifiques parlent d’une sixième extinction en cours ; d’autres préfèrent dire qu’elle commence, parce que les grandes extinctions du passé ont supprimé les trois quarts des espèces. Dans les deux cas, la tendance est la même.

Peut-on faire revenir les espèces disparues ?

Pas pour l’instant. Les projets de « dé-extinction » produisent au mieux des animaux modifiés qui ressemblent à l’espèce perdue, comme les loups présentés en 2025, sans en être. Le seul retour réussi est celui d’espèces éteintes à l’état sauvage mais conservées en captivité, comme le cheval de Przewalski.

Comment aider à protéger les espèces menacées ?

En soutenant la protection des habitats et les programmes de conservation, en luttant contre les espèces envahissantes et le réchauffement, en évitant les produits issus d’espèces menacées, et en transmettant la connaissance de la nature, notamment aux enfants.

Sources :

  • IPBES (2019). Rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques.
  • UICN. Liste rouge des espèces menacées, version 2024.
  • Ceballos, G. et al. (2015). Accelerated modern human-induced species losses: entering the sixth mass extinction. Science Advances, 1.
  • WWF (2024). Rapport Planète vivante 2024.
  • Luedtke, J. A. et al. (2023). Ongoing declines for the world’s amphibians in the face of emerging threats. Nature, 622.
  • Turvey, S. T. (dir.) (2009). Holocene Extinctions. Oxford University Press.
  • Politis, G. G. et al. (2019). Campo Laborde: a Late Pleistocene giant ground sloth kill and butchering site in the Pampas. Science Advances, 5.

Avez-vous trouvé cet article utile et intéressant ?

Cliquez sur une étoile pour le noter !

Note moyenne 0 / 5. Nombre de votes : 0

Pas encore de votes ! Soyez le premier à noter cet article.

Avez-vous trouvé cet article interessant ?

Suivez nous :

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Derniers articles