Le crapaud doré (Incilius periglenes) était un minuscule crapaud d’un orange éclatant, presque fluorescent, qui vivait dans les forêts de nuages du Costa Rica. Découvert par la science en 1966, il a disparu à peine plus de vingt ans plus tard. Le dernier a été vu en 1989. Ce qui rend son histoire si troublante, c’est qu’il s’est éteint dans une réserve protégée, sans chasse ni déforestation. Il est devenu le symbole mondial de la disparition des amphibiens. Voici son histoire, établie par la science.
La carte d’identité du crapaud doré
- Nom scientifique : Incilius periglenes (autrefois Bufo periglenes)
- Famille : Bufonidés (les vrais crapauds)
- Habitat : forêt de nuages de Monteverde, Costa Rica
- Superficie occupée : environ 4 km²
- Taille : environ 5 cm
- Découverte : 1966
- Disparition : 1989
- Cause : climat et champignon
Qu’est-ce que le crapaud doré ?
Le crapaud doré était un vrai crapaud, de la famille des Bufonidés. Il était endémique d’une toute petite zone de forêt de nuages, au nord de la ville de Monteverde, au Costa Rica, vers 1 500 mètres d’altitude. Son territoire ne dépassait pas quatre kilomètres carrés, à peine la taille d’un grand quartier.
Une forêt de nuages est une forêt de montagne constamment baignée de brume et d’humidité. Le crapaud doré, découvert et décrit par un scientifique en 1966, était parfaitement adapté à ce monde humide et frais. C’était un joyau, au sens propre.
À quoi ressemblait le crapaud doré ?
Sa beauté était saisissante. Le mâle était d’un orange vif, lisse et brillant, presque irréel, comme s’il avait été verni. La femelle, plus grande, était très différente : sombre, olive ou noire, ornée de taches rouge écarlate cerclées de jaune.
Une chercheuse qui a étudié l’espèce a décrit les mâles rassemblés au sol comme des statues, de véritables bijoux éclatants posés sur le tapis de la forêt. Peu d’animaux au monde offraient un spectacle aussi vif.
Une vie cachée, un bref spectacle
Le crapaud doré passait presque toute l’année caché sous terre, dans des terriers humides. Il ne se montrait que quelques jours par an, au début de la saison des pluies. Les mâles émergeaient alors par centaines pour rejoindre de petites mares temporaires et s’y reproduire.
En 1987, les scientifiques ont encore compté environ 1 500 crapauds dorés autour de ces mares. L’espèce paraissait prospère. Personne n’imaginait ce qui allait suivre.
Une disparition qui a choqué les scientifiques
L’effondrement fut brutal. Dès 1988, il ne restait qu’une dizaine d’individus. Le 15 mai 1989, une chercheuse a observé un unique mâle, le dernier. Après cette date, plus personne n’a jamais revu de crapaud doré. L’espèce a été déclarée officiellement éteinte en 2004.
Ce qui a bouleversé les scientifiques, c’est que tout cela s’est produit dans une réserve protégée. Pas de chasseurs, pas de forêts rasées. Les causes habituelles des extinctions ne s’appliquaient pas. Le crapaud doré s’était éteint en silence, comme effacé.
Pourquoi le crapaud doré a-t-il disparu ?
Les scientifiques débattent encore des causes exactes, mais deux facteurs reviennent toujours, souvent combinés.
- Le changement climatique : en 1986 et 1987, un épisode El Niño a provoqué à Monteverde les températures les plus élevées et les pluies les plus faibles jamais enregistrées. La brume s’est raréfiée, les mares de reproduction se sont asséchées. Le crapaud doré est souvent cité comme la première extinction attribuée au réchauffement causé par l’homme.
- Un champignon mortel : un champignon microscopique, le chytride, provoque chez les amphibiens une maladie de peau fatale. Il ravage les grenouilles et crapauds du monde entier. Or ce champignon se développe mieux dans un climat qui se réchauffe et s’assèche.
L’explication la plus probable est donc une combinaison des deux. Le climat a fragilisé les crapauds et favorisé le champignon, qui a fini par les emporter. Pour la première fois dans notre série, le coupable n’est pas un fusil ni une hache, mais un climat qui change et une maladie invisible. C’est ce qui rend cette extinction si moderne, et si inquiétante.
L’emblème de la crise des amphibiens
Le crapaud doré est aujourd’hui le symbole d’un drame bien plus vaste. Partout sur la planète, les amphibiens s’effondrent, victimes du même champignon, du changement climatique et de la destruction de leurs milieux. Environ quatre espèces d’amphibiens sur dix sont aujourd’hui menacées. Le petit crapaud orange du Costa Rica a été l’un des premiers à sonner l’alarme.
Pour aller plus loin avec les enfants : le crapaud doré a disparu, mais des milliers de grenouilles et de crapauds colorés peuplent encore les forêts, dont de superbes espèces du Costa Rica. Découvrez-les dans nos figurines de grenouilles, et parlez avec eux de la fragilité des amphibiens.
Conclusion
Le crapaud doré nous apprend une leçon dérangeante. Protéger une forêt ne suffit pas toujours. Quand c’est le climat lui-même qui change, et qu’une maladie voyage à travers le monde, même une réserve bien gardée ne peut sauver une espèce. Ce minuscule bijou orange, disparu sans bruit, est devenu le rappel que les extinctions d’aujourd’hui sont souvent invisibles. Et qu’elles se jouent aussi à l’échelle de la planète entière.
Questions fréquentes sur le crapaud doré
Où vivait le crapaud doré ?
Uniquement dans une petite zone de forêt de nuages d’environ quatre kilomètres carrés, au nord de Monteverde, au Costa Rica, vers 1 500 mètres d’altitude.
Pourquoi le crapaud doré a-t-il disparu ?
Sans doute à cause d’une combinaison de deux facteurs : un climat plus chaud et plus sec lié à El Niño, qui a asséché ses mares, et un champignon mortel pour les amphibiens, le chytride. Le tout dans une réserve pourtant protégée.
Quand le crapaud doré a-t-il disparu ?
Le dernier individu a été vu le 15 mai 1989. L’espèce a été déclarée éteinte en 2004.
Le crapaud doré était-il vraiment orange vif ?
Oui, mais seulement les mâles, d’un orange éclatant presque fluorescent. Les femelles étaient sombres, avec des taches rouges cerclées de jaune.
Pourquoi parle-t-on autant du crapaud doré ?
Parce qu’il est devenu le symbole de la crise mondiale des amphibiens. Sa disparition rapide, dans un lieu protégé, a alerté les scientifiques sur le déclin massif des grenouilles et des crapauds.
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