Zoodex — Explorer le monde animalNajin et Fatu. Deux femelles. Une mère et sa fille. Les deux...

Najin et Fatu. Deux femelles. Une mère et sa fille. Les deux derniers rhinocéros blancs du Nord sur Terre.

3
(2)

Dans la réserve d’Ol Pejeta, au Kenya, deux rhinocéros broutent l’herbe au pied du mont Kenya. Elles ne savent pas qu’elles sont les dernières de leur espèce. Nous, si. Voici leur histoire et ce que des scientifiques du monde entier font pour éviter l’irréparable.

Qui sont Najin et Fatu ?

Najin est née en 1989 dans un zoo de République tchèque, au Safari Park Dvůr Králové. Sa fille Fatu y est née onze ans plus tard, en 2000. Toutes deux appartiennent à la sous-espèce Ceratotherium simum cottoni, le rhinocéros blanc du Nord, une lignée qui a évolué séparément du rhinocéros blanc du Sud pendant au moins un million d’années.

En 2009, Najin et Fatu sont transférées à la réserve privée d’Ol Pejeta, au centre du Kenya, dans ce qui était alors le dernier espoir de les voir peut-être se reproduire dans un environnement plus proche de leur habitat naturel. Elles y vivent aujourd’hui, sous surveillance permanente (gardes armés, tours de guet, chiens renifleurs) 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Leur soigneur en chef s’appelle Zacharia Mutai. Il passe douze heures par jour avec elles.

« Quand je ne suis pas là, Najin semble seule la plupart du temps. Sa fille lui préfère sa meilleure amie. » — Zacharia Mutai, Ol Pejeta Conservancy

Fatu, qui aura 25 ans en 2025, est décrite par Mutai comme « un peu grincheuse » — elle se comporte, dit-il, un peu comme une adolescente humaine. Elle se bat parfois contre sa mère, au point que les gardiens doivent lui tailler la corne pour qu’elle ne blesse pas Najin. La meilleure amie en question est Tawu, une femelle rhinocéros blanc du Sud introduite dans la réserve pour lui enseigner les comportements naturels qu’elle n’a jamais appris, étant née en captivité.

Comment le rhinocéros blanc du Nord a disparu

Il y a cinquante ans, les rhinocéros blancs du Nord parcouraient encore les savanes d’Afrique centrale et orientale, dans ce qui est aujourd’hui le Tchad, le Soudan, l’Ouganda, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine. On en comptait encore plusieurs milliers dans les années 1960.

Ce qui a suivi est une histoire de braconnage industriel et de conflits armés. La corne de rhinocéros, composée de kératine ( la même protéine que nos ongles) est revendue à prix d’or sur des marchés illicites, notamment en Asie du Sud-Est, pour de prétendues vertus médicinales qui n’ont aucune base scientifique établie. En quelques décennies, la sous-espèce du Nord est chassée jusqu’à l’effondrement complet de sa population sauvage. En 2008, l’espèce est déclarée éteinte à l’état sauvage. En 2018, Sudan, le dernier mâle connu (père de Najin, grand-père de Fatu) est euthanasié à Ol Pejeta en raison de complications liées à son âge avancé. Il avait 45 ans.

Depuis ce jour, le rhinocéros blanc du Nord est considéré comme techniquement éteint. Il n’existe plus de voie de reproduction naturelle.

À titre de comparaison, le rhinocéros blanc du Sud (sous-espèce étroitement liée, mais distincte) a lui aussi frôlé l’extinction au XIXe siècle, réduit à quelques dizaines d’individus en Afrique du Sud. Grâce à des programmes de conservation intensifs, sa population dépasse aujourd’hui les 15 000 individus. La preuve que la protection des espèces fonctionne, quand elle intervient à temps.

Les deux sous-espèces se ressemblent beaucoup : toutes deux sont grises (le nom « blanc » vient du néerlandais wijd, « large », en référence à la lèvre supérieure élargie adaptée au broutage). Mais le rhinocéros blanc du Nord est légèrement plus petit, avec des oreilles plus duveteuses et une queue un peu plus longue.

Le rhinocéros noir (Diceros bicornis) est une espèce distincte, lui aussi gravement menacé par le braconnage. Sa lèvre supérieure pointue (adaptée à la cueillette des feuilles plutôt qu’au broutage) le distingue immédiatement des deux rhinocéros blancs. Ces différences morphologiques, fascinantes à expliquer aux enfants, sont parfaitement reproduites sur la Figurine Rhinocéros noir Safari Ltd® 228929, un outil idéal pour aborder la biodiversité des pachydermes.

BioRescue : quand la science tente l’impossible

En 2015, alors que l’espèce ne comptait plus que trois individus, vingt scientifiques du monde entier se sont réunis à Vienne pour élaborer une stratégie de sauvetage. Elle repose sur une combinaison de trois techniques : la fécondation in vitro, la cryopréservation des gamètes et la recherche sur les cellules souches pluripotentes.

Le projet s’appelle BioRescue. Il est piloté par l’Institut Leibniz de recherche sur la faune sauvage et de zoo (Leibniz-IZW) à Berlin, sous la direction du professeur Thomas Hildebrandt, et coordonné par le Safari Park Dvůr Králové en République tchèque, là où Najin et Fatu sont nées.

Le protocole est le suivant : des ovocytes sont prélevés sur Fatu (Najin ne produisant plus d’ovules viables), envoyés dans des laboratoires en Italie, fécondés in vitro avec le sperme congelé de mâles décédés, puis les embryons obtenus sont conservés cryogéniquement. Ces embryons devront ensuite être implantés dans des mères porteuses, des femelles rhinocéros blanc du Sud, physiologiquement très proches.

Chaque prélèvement d’ovocytes nécessite une anesthésie complète de Fatu, ce qui représente une procédure délicate pour un animal de deux tonnes dont l’utérus se situe à 1,50 mètre de l’orifice vaginal. À ce jour, l’équipe a réalisé 21 collectes d’ovocytes sur Fatu. Elle a probablement été anesthésiée plus de fois qu’aucun autre rhinocéros de l’histoire. Elle reste en parfaite santé, selon les vétérinaires du projet.

Au total, BioRescue avait produit 38 embryons de rhinocéros blanc du Nord à la fin de l’année 2025, conservés dans de l’azote liquide.

Où en est-on en 2025 ?

La preuve de concept a été établie en septembre 2023 : pour la première fois dans l’histoire, une grossesse a été obtenue chez un rhinocéros par fécondation in vitro, avec un embryon de rhinocéros blanc du Sud transplanté dans une femelle porteuse de la même sous-espèce. La grossesse a duré 70 jours. L’autopsie a révélé un fœtus mâle de 6,4 centimètres, en parfait état de développement. La mère porteuse, prénommée Curra, est malheureusement décédée d’une infection bactérienne à Clostridium sans rapport avec la grossesse elle-même, probablement consécutive à des inondations qui ont libéré des spores dormantes dans l’enclos.

La démonstration est néanmoins fondamentale : la technique fonctionne chez le rhinocéros. La prochaine étape est le transfert d’embryons de rhinocéros blanc du Nord dans des mères porteuses du Sud.

BioRescue a réalisé ces transferts avec des embryons NWR (Northern White Rhino) en juillet 2024, décembre 2024, et mai 2025. Aucune de ces tentatives n’a abouti à une grossesse durable à ce jour. En décembre 2024, une réponse utérine avait été observée chez la femelle receveuse, mais les analyses ADN ultérieures n’ont pas confirmé la présence de matériel génétique NWR. Les scientifiques continuent.

Parallèlement, l’université d’Oxford travaille sur une approche complémentaire : utiliser des tissus ovariens de femelles rhinocéros décédées pour générer de nouveaux ovules. Même si Najin et Fatu disparaissaient avant qu’un bébé ne naisse, leurs ovaires pourraient potentiellement encore servir après leur mort.

En août 2025, National Geographic a sorti le documentaire The Last Rhinos: A New Hope (disponible sur Disney+ et Hulu), consacré au travail de BioRescue et à la réserve d’Ol Pejeta.

Et si un bébé naissait ?

Le scénario idéal (celui que tout le monde espère) serait qu’un bébé rhinocéros blanc du Nord naisse pendant que Najin et Fatu sont encore en vie. Pas uniquement pour des raisons symboliques. Pour des raisons concrètes : personne d’autre ne peut lui apprendre ce que c’est qu’être un rhinocéros blanc du Nord. Comment se rouler dans la boue, comment interagir avec ses congénères, quels comportements adopter. Ces savoirs comportementaux, qui se transmettent de mère à enfant, disparaîtraient avec elles si aucun individu n’est là pour les recevoir.

« Nous aimerions pouvoir obtenir des bébés avant que Najin et Fatu ne disparaissent. » — Thomas Hildebrandt, Institut Leibniz-IZW, Berlin

Zacharia Mutai, lui, dit simplement : « Je pense que nous allons réussir. Et c’est moi qui m’occuperai du bébé. »

La gestation dure 18 mois chez le rhinocéros. Rien n’est encore acquis. Mais 38 embryons attendent, congelés dans des laboratoires entre l’Italie et l’Allemagne.

Pour les enfants qui s’intéressent à ces animaux extraordinaires, la Figurine bébé rhinocéros Papo 50035 est une belle façon de rendre cette histoire concrète et d’ouvrir la conversation sur ce que représente la naissance d’un animal dans un contexte de conservation.

Apprendre la biodiversité avec des rhinocéros

Le rhinocéros est l’un des animaux les plus puissants pour aborder des sujets fondamentaux avec les enfants : l’évolution, la classification des espèces, la biodiversité, la conservation, et la responsabilité humaine face à l’extinction. C’est aussi un animal dont la morphologie (la corne, la peau épaisse, la lèvre préhensile) offre d’excellents points d’entrée pour explorer l’adaptation des espèces à leur environnement.

Les figurines naturalistes permettent cette exploration de manière tactile et autonome, dans la tradition des matériaux Montessori. Elles permettent de différencier visuellement les espèces, de les nommer, de les comparer, sans simplifier ce qui ne doit pas l’être.

Nos figurines rhinocéros, toutes issues de marques spécialisées dans la précision zoologique :

Ces figurines peuvent former un ensemble pédagogique autour des grands mammifères menacés, du cycle de vie, ou encore de la géographie de l’Afrique. Et si un enfant demande un jour pourquoi certains rhinocéros s’appellent « blancs » alors qu’ils sont gris, c’est que la leçon a bien commencé.

Ce que l’histoire de Najin et Fatu nous dit

L’extinction du rhinocéros blanc du Nord n’a pas eu lieu en un jour. Elle s’est déroulée sur plusieurs décennies, dans l’indifférence relative du monde, pendant que les populations sauvages s’effondraient une à une sous les coups du braconnage et des guerres.

Najin et Fatu ne sont pas les victimes d’une catastrophe naturelle. Elles sont les deux survivantes d’un désastre humain. Et c’est pourquoi des centaines de chercheurs, de vétérinaires et de gardiens mobilisent aujourd’hui des ressources considérables pour tenter de réparer ce que d’autres ont détruit.

La science ne garantit pas le succès. Mais elle continue. Trente-huit embryons attendent. Fatu aussi.

Avez-vous trouvé cet article utile et intéressant ?

Cliquez sur une étoile pour le noter !

Note moyenne 3 / 5. Nombre de votes : 2

Pas encore de votes ! Soyez le premier à noter cet article.

Avez-vous trouvé cet article interessant ?

Suivez nous :

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Derniers articles