Culture & Curiosités – Explorer, comprendre, relierLe blob, l'organisme sans cerveau qui défie l'intelligence

Le blob, l’organisme sans cerveau qui défie l’intelligence

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Imaginez une créature jaune vif, sans tête, sans cerveau, sans neurone. Une seule cellule, gigantesque, qui peut s’étendre sur plusieurs mètres carrés. Cette créature existe vraiment. Elle s’appelle le blob, ou Physarum polycephalum pour les scientifiques. Et elle remet en question tout ce que l’on croyait savoir sur l’intelligence du vivant.

Une moisissure visqueuse pas comme les autres

Le blob n’est ni un animal, ni une plante, ni un champignon. C’est un myxomycète, souvent décrit comme une moisissure visqueuse. Dans sa phase active, dite plasmodiale, il forme une cellule unique mais à plusieurs millions de noyaux, capable de ramper lentement sur les sols forestiers humides à la recherche de bactéries et de spores à digérer.

Sa biologie est déjà étrange en soi. Mais ce qui a captivé les scientifiques au cours des vingt dernières années, c’est son comportement. Le blob fait des choses que l’on associait spontanément aux organismes dotés d’un système nerveux.

Le métro de Tokyo recréé en 26 heures

L’expérience la plus célèbre date de 2010. Une équipe japonaise et britannique dirigée par Atsushi Tero et Toshiyuki Nakagaki, en collaboration avec l’université d’Oxford, a publié dans la revue Science un résultat stupéfiant.

Les chercheurs ont placé des flocons d’avoine, nourriture préférée du blob, aux emplacements correspondant aux principales villes de la région de Tokyo. Au centre, un fragment de blob. L’organisme s’est étendu dans toutes les directions, explorant. Puis, sur une période d’environ 26 heures, il a éliminé les branches inefficaces de son réseau pour stabiliser un tracé optimal.

Le résultat : un réseau aux propriétés comparables au réseau ferroviaire de Tokyo, en termes de coût, d’efficacité de transport et de tolérance aux pannes. Un système d’infrastructure que des ingénieurs humains avaient mis des décennies à concevoir, le blob l’avait réinventé en moins de 30 heures, sans plan, sans architecte, sans cerveau.

Apprendre sans neurones

L’histoire ne s’arrête pas là. En 2016, Audrey Dussutour et son équipe au CNRS de Toulouse ont démontré que le blob est capable d’apprendre. Exposé à un irritant inoffensif, comme la quinine ou la caféine, il finit par l’ignorer après plusieurs expositions répétées. Ce phénomène, appelé habituation, est l’une des formes les plus simples d’apprentissage connues du règne animal. Sauf qu’ici, il se produit sans aucun neurone.

Plus surprenant encore : la même équipe a publié quelques mois plus tard une seconde étude montrant que deux blobs, lorsqu’ils fusionnent, peuvent se transmettre l’information apprise. Un blob habitué au sel transmet cette connaissance à un blob naïf au moment où leurs cellules se mélangent. C’est une forme de mémoire chimique partagée, sans cerveau ni synapse.

Une question dérangeante

Le blob nous force à reposer une question fondamentale : qu’est-ce que l’intelligence, exactement ?

Si une cellule géante sans système nerveux peut explorer son environnement, optimiser un réseau, apprendre par expérience et même transmettre cette expérience à ses semblables, alors la frontière entre les organismes « intelligents » et le reste du vivant devient floue. La biologie redécouvre que la cognition n’est peut-être pas un privilège des animaux à neurones, mais une propriété plus ancienne, plus largement répandue, et bien moins exclusive qu’on ne le pensait.

Un sujet d’éveil pour les enfants

Pour un enfant, le blob est une porte d’entrée fascinante vers les sciences du vivant. Il bouscule les catégories. Il montre que la nature ne se laisse pas enfermer dans les définitions des manuels. Et il invite à observer, à questionner, à s’émerveiller. Tout ce que nous cherchons à transmettre chez Les Minis.

Sources scientifiques

  • Tero, Takagi, Saigusa, Ito, Bebber, Fricker, Yumiki, Kobayashi & Nakagaki, Science, 2010.
  • Boisseau, Vogel & Dussutour, Proceedings of the Royal Society B, 2016.
  • Vogel & Dussutour, Proceedings of the Royal Society B, 2016.

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