Ils étaient là bien avant les dinosaures. Quand les premiers arbres poussaient sur Terre, quand les continents n’avaient pas encore leur forme actuelle, les requins sillonnaient déjà les océans. Depuis 450 millions d’années, ces nageurs infatigables ont traversé cinq extinctions massives, survécu à des bouleversements climatiques colossaux, et continuent de régner sur les profondeurs.
Et pourtant, malgré cette longévité extraordinaire, nous les connaissons mal. La peur qu’ils inspirent a trop longtemps masqué la réalité : les requins sont des animaux fascinants, essentiels à la santé des océans, et bien plus menacés par nous que nous ne le sommes par eux.
Un squelette pas comme les autres

Le premier secret des requins se cache à l’intérieur de leur corps. Contrairement aux poissons de mer ordinaires, les requins n’ont pas un seul os. Leur squelette est entièrement fait de cartilage, la même matière souple et légère qui forme le bout de votre nez ou vos oreilles.
Ce cartilage est parfois renforcé par des dépôts de calcium (on parle de cartilage calcifié), mais il ne se fossilise presque jamais. C’est pourquoi les fossiles de requins sont presque toujours des dents et rien d’autre.
Et quelles dents ! Un requin possède plusieurs rangées de dents qui fonctionnent comme un tapis roulant. Quand une dent de la première rangée tombe ou s’use, celle de derrière avance pour la remplacer.
Au cours de sa vie, un requin peut ainsi perdre et remplacer entre 20 000 et 30 000 dents. Chaque espèce a des dents adaptées à son régime alimentaire : triangulaires et tranchantes comme des lames de rasoir chez le grand requin blanc, plates et en mosaïque chez les raies (pour broyer les coquillages), pointues et fines chez le mako (pour saisir les poissons glissants).
Les requins n’ont pas non plus de vessie natatoire. Pour ne pas couler, ils comptent sur leur foie gigantesque (il peut représenter jusqu’à 25 % de leur poids), rempli d’une huile plus légère que l’eau, le squalène. La forme de leurs nageoires pectorales fonctionne comme les ailes d’un avion : en avançant, elles créent une portance qui maintient le requin à la bonne profondeur.
Des sens extraordinaires

Les requins possèdent un arsenal sensoriel si perfectionné qu’aucune technologie humaine ne peut le rivaliser.
L’odorat est leur premier atout. Les requins détectent une goutte de sang dans un volume d’eau équivalent à une piscine olympique. Leurs narines, situées sous le museau, ne servent pas à respirer (c’est le rôle des branchies) mais exclusivement à sentir. L’eau entre par un orifice, passe sur des replis olfactifs extrêmement sensibles, et ressort par un second orifice. Certaines espèces consacrent près des deux tiers de leur cerveau au traitement des odeurs.
L’électroréception est le sens le plus étonnant. Le museau des requins est parsemé de centaines de petits pores remplis de gel conducteur, appelés ampoules de Lorenzini. Ces capteurs détectent les infimes champs électriques produits par les muscles et le cœur de chaque être vivant. Un requin peut ainsi localiser un poisson plat enfoui sous le sable, totalement invisible, uniquement grâce aux battements de son cœur. C’est comme si vous pouviez sentir une pile électrique à travers un mur !

La ligne latérale, comme chez tous les poissons, détecte les vibrations et les mouvements dans l’eau. La vision est plus développée qu’on ne le pense : les yeux des requins possèdent une couche réfléchissante (le tapetum lucidum, comme chez les chats) qui amplifie la lumière dans les eaux sombres. Certaines espèces voient les couleurs, d’autres sont particulièrement performantes dans la pénombre des profondeurs.

Les espèces remarquables
Avec plus de 500 espèces, les requins offrent une diversité de formes, de tailles et de modes de vie stupéfiante.

Le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) est le prédateur le plus célèbre des océans. Il peut atteindre 6 mètres de long, peser plus de 2 tonnes, et nager à 56 km/h en chasse. Ses quelque 300 dents triangulaires et dentelées sont conçues pour déchirer les phoques, les otaries et les gros poissons. Malgré sa réputation terrifiante (amplifiée par le cinéma), le grand requin blanc est un animal prudent qui fait preuve d’une grande curiosité et d’un comportement social complexe. On sait aujourd’hui que certains individus voyagent en duo et reviennent fidèlement sur les mêmes sites d’année en année. Découvrez sa silhouette puissante avec la figurine du grand requin blanc Safari Ltd.

Le requin-marteau (Sphyrna) est reconnaissable entre mille grâce à sa tête aplatie en forme de marteau, appelée céphalofoil. Cette forme extraordinaire n’est pas un caprice de la nature : elle augmente considérablement la surface de détection des ampoules de Lorenzini, offrant au requin-marteau une électroréception à 360 degrés. Ses yeux, placés aux extrémités de la tête, lui donnent aussi un champ de vision panoramique. Contrairement à la plupart des requins, les requins-marteaux forment d’immenses bancs de plusieurs centaines d’individus, un spectacle inoubliable pour les plongeurs chanceux. Observez cette forme unique avec la figurine du requin-marteau Safari Ltd.

Le requin mako (Isurus oxyrinchus) est le requin le plus rapide du monde. Il peut atteindre 74 km/h, ce qui en fait l’un des poissons les plus véloces de l’océan. Son corps fuselé, son museau pointu et sa queue en forme de croissant en font une machine hydrodynamique parfaite. Il est aussi l’un des rares requins capables de sauter hors de l’eau, parfois à plus de 6 mètres de hauteur.

Le requin-tigre (Galeocerdo cuvier) doit son nom aux rayures sombres qui ornent les flancs des jeunes individus (elles s’estompent avec l’âge). C’est le charognard des océans : on a retrouvé dans son estomac des pneus, des plaques d’immatriculation et même une armure de chevalier ! Plus sérieusement, son appétit sans limites en fait un nettoyeur essentiel de l’écosystème marin.

Le requin-renard (Alopias vulpinus) possède une queue aussi longue que son corps, qu’il utilise comme un fouet pour assommer les poissons d’un banc avant de les manger.

Le requin-tapis (wobbegong), parfaitement camouflé sur le fond marin, attend que sa proie passe à portée de sa gueule. Le requin du Groenland (Somniosus microcephalus) est l’animal vertébré qui vit le plus longtemps au monde : certains individus pourraient avoir plus de 400 ans.

Le requin-baleine : le géant paisible

Le requin-baleine (Rhincodon typus) mérite un chapitre à lui seul, tant il est différent de l’image que l’on se fait d’un requin. C’est le plus grand poisson du monde : il peut atteindre 18 mètres de long et peser 20 tonnes, soit la taille d’un bus scolaire. Et pourtant, ce géant est totalement inoffensif. Sa gueule de 1,5 mètre de large ne contient que de minuscules dents inutiles pour la chasse : le requin-baleine est un filtreur qui aspire d’énormes quantités d’eau pour en extraire le plancton, les petits poissons et les œufs de poissons.
Sa peau bleu-gris, parsemée de taches et de lignes blanches, forme un motif unique pour chaque individu, comme une empreinte digitale. Les scientifiques utilisent d’ailleurs la reconnaissance photographique de ces motifs pour identifier et suivre les requins-baleines à travers les océans. Malgré sa taille, on sait encore très peu de choses sur sa reproduction : aucun scientifique n’a jamais observé un accouplement de requins-baleines dans la nature.
Comment les requins chassent
Chaque espèce de requin a développé une stratégie de chasse adaptée à son environnement et à ses proies.
Le grand requin blanc chasse souvent par embuscade. Il nage en profondeur, sous sa proie (un phoque, par exemple), puis fonce vers la surface à pleine vitesse, percutant sa cible avec une telle force qu’il la projette parfois hors de l’eau. Cette attaque verticale spectaculaire, filmée au large de l’Afrique du Sud, est l’une des scènes de chasse les plus impressionnantes du monde animal.
Le requin-renard utilise sa queue comme un fouet. Il encercle un banc de poissons, puis fouette l’eau violemment, assommant ou tuant plusieurs poissons d’un seul coup avant de les manger tranquillement.
Les orques, qui sont les seuls prédateurs réguliers des grands requins, ont appris à retourner les requins blancs sur le dos pour les plonger dans un état de paralysie temporaire appelé immobilité tonique. Les orques « Port » et « Starboard », célèbres au large de l’Afrique du Sud, ont été filmées en train d’extraire chirurgicalement le foie de grands requins blancs, laissant le reste du corps intact.
La reproduction des requins
Les requins se reproduisent très lentement, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la surpêche.
Selon les espèces, la reproduction suit trois modes différents. Certaines espèces pondent des œufs protégés par une capsule cornée (on les appelle « bourses de sirène » lorsqu’elles échouent sur les plages). D’autres sont ovovivipares : les œufs éclosent à l’intérieur du corps de la mère, et les petits naissent vivants. Enfin, certaines espèces sont vivipares, avec un placenta semblable à celui des mammifères.
La gestation peut durer de 5 mois à plus de 2 ans selon les espèces. Le requin du Groenland détient le record avec une gestation estimée à 18 ans ! Les portées sont généralement petites : de 2 à 15 petits chez la plupart des espèces (contre des millions d’œufs chez les poissons osseux). De plus, les requins n’atteignent la maturité sexuelle qu’à un âge avancé, parfois après 15 ou 20 ans. Tout cela signifie qu’une population de requins décimée met des décennies à se reconstituer.
Le rôle vital des requins dans l’océan
Les requins sont les gardiens de la santé des océans. En tant que prédateurs situés au sommet de la chaîne alimentaire, ils régulent les populations de leurs proies, empêchant la surpopulation d’une espèce au détriment des autres. Sans les requins, les poissons herbivores prolifèrent, les algues sont dévorées, les récifs coralliens s’effondrent, et c’est tout l’écosystème qui se déséquilibre.
Les scientifiques ont observé ce phénomène de cascade trophique en Australie : lorsque les requins-tigres ont été décimés dans certaines zones, les tortues marines se sont multipliées, ont brouté les herbiers marins de façon excessive, et ces prairies sous-marines essentielles à des milliers d’espèces ont commencé à disparaître. Les requins agissent aussi comme des « nettoyeurs » en éliminant les individus malades ou affaiblis, limitant ainsi la propagation des maladies.
La mauvaise réputation
Les requins font peur. Le cinéma (un célèbre film de 1975, en particulier) a ancré dans les esprits l’image d’un monstre mangeur d’hommes. La réalité est très différente.
Sur les 500 espèces de requins, seule une dizaine est impliquée dans des incidents avec l’homme. En moyenne, on recense 5 à 10 décès par an dans le monde, soit moins que les morts causées par les chutes de noix de coco, les distributeurs automatiques ou la foudre. En comparaison, les moustiques tuent plus de 700 000 personnes par an, et l’activité humaine élimine environ 100 millions de requins chaque année. Le véritable danger, ce n’est pas le requin pour l’homme, c’est l’homme pour le requin.
Quand un requin mord un humain (on ne dit plus « attaque » mais « interaction »), c’est presque toujours une erreur d’identification. Un surfeur allongé sur sa planche, vu d’en dessous, ressemble à une otarie. Le requin donne un coup de mâchoire exploratoire, constate que ce n’est pas sa proie habituelle, et s’en va. La majorité des personnes mordues survivent.
Protéger les requins
Environ un tiers des espèces de requins et de raies sont aujourd’hui menacées d’extinction. La première cause est la surpêche : 100 millions de requins sont tués chaque année, souvent uniquement pour leurs ailerons (pratique du « shark finning »), le reste du corps étant rejeté à la mer. Les prises accidentelles dans les filets de pêche, la destruction des habitats côtiers et le réchauffement des océans aggravent la situation.
Pour les aider, chacun peut agir : ne jamais consommer de soupe d’ailerons de requin, soutenir les aires marines protégées, et surtout, partager la vraie histoire des requins autour de soi. Car la meilleure arme contre la peur, c’est la connaissance.
Observer les requins avec les figurines
Pour comparer les espèces, comprendre leurs différences de forme et de taille, les figurines réalistes sont un outil précieux. La figurine du grand requin blanc Safari Ltd montre la silhouette fuselée et la mâchoire redoutable de ce prédateur emblématique. La figurine du requin-marteau Safari Ltd permet de bien observer la forme unique du céphalofoil. Pour une vue d’ensemble des espèces, le tube de requins Safari Ltd réunit plusieurs espèces différentes en un seul set. Et pour explorer toute la diversité, rendez-vous sur la page des figurines de requins et de raies.
Questions fréquentes sur les requins
Les requins sont-ils des poissons ?
Oui, ce sont des poissons cartilagineux (chondrichtyens). Leur squelette est fait de cartilage et non d’os. Ils partagent ce groupe avec les raies et les chimères.
Combien d’espèces de requins existe-t-il ?
On recense plus de 500 espèces, du requin-lanterne nain (17 cm) au requin-baleine (18 mètres). Ils vivent dans tous les océans, des tropiques aux pôles.
Le requin est-il dangereux pour l’homme ?
Sur plus de 500 espèces, seule une dizaine est impliquée dans des incidents avec l’homme, et les accidents mortels sont extrêmement rares (5 à 10 par an dans le monde). Les requins ne chassent pas les humains.
Pourquoi les requins doivent-ils nager en permanence ?
La plupart des requins n’ont pas de vessie natatoire. Certaines espèces doivent nager pour faire circuler l’eau sur leurs branchies. Cependant, plusieurs espèces (requin nourrice, requin-tapis) peuvent se poser sur le fond et pomper l’eau activement.
Quel est le plus grand requin du monde ?
Le requin-baleine, avec ses 18 mètres et ses 20 tonnes, est le plus grand requin et le plus grand poisson du monde. C’est un filtreur inoffensif qui se nourrit de plancton.
Les requins sont-ils menacés d’extinction ?
Environ un tiers des espèces de requins sont menacées. 100 millions de requins sont tués chaque année par l’activité humaine, principalement pour leurs ailerons.
Pour aller plus loin
Le monde des requins est vaste et fascinant. Pour explorer les espèces en détail, plongez dans nos articles sur le grand requin blanc, le requin-baleine, le requin-marteau et le requin-tigre.
Et pour découvrir les autres grandes familles d’animaux marins, explorez nos guides sur les poissons de mer, les mammifères marins, l’orque, la pieuvre, les tortues de mer, les méduses et coraux et les échinodermes.